La VAP promouvoit le fret ferroviaire.

La VAP Asso­cia­ti­on des char­geurs s’en­ga­ge en faveur de con­di­ti­ons-cad­res adap­tées au mar­ché et d’un sys­tème fer­ro­vi­ai­re suis­se pour le trans­port de mar­chan­di­ses per­for­mant. Thè­mes actuels:

SECTEUR DU FRET

  • Com­ment con­ce­voir l’a­ve­nir du trans­port de mar­chan­di­ses?
  • Qu’est-ce qui fait bouger le sec­teur du fret?
  • Un aper­çu des acteurs du fret ferroviaire.

RÉSEAU

Vous trou­verez ici des infor­ma­ti­ons uti­les sur les voies fer­rées, leur orga­ni­sa­ti­on et l’ac­cès au réseau.

FINANCEMENT

Infor­ma­ti­ons sur les aides finan­ciè­res et les taxes dans le trans­port de marchandises.

SITES

Tout sur le char­ge­ment libre, les ter­minaux, les instal­la­ti­ons de voies de rac­cor­de­ment ou enco­re les hubs logis­ti­ques mul­ti­mo­daux.

INTEROPÉRABILITÉ

La VAP s’en­ga­ge à har­mo­nis­er les con­di­ti­ons-cad­res afin que les trains puis­sent cir­cu­ler sans dif­fi­cul­té sur les réseaux fer­ro­vi­ai­res européens.

DURABILITÉ

Pour un ave­nir clair­voy­ant, il con­vi­ent de con­ce­voir dif­fér­ents domain­es de maniè­re durable.

Innovation

Com­ment pou­vons-nous faire avan­cer l’in­no­va­ti­on dans le trans­port de marchandises?

EXPLOITATION

En faveur d’une con­cur­rence loya­le, nous vou­lons uti­li­ser la force de tous les modes de trans­port et les com­bi­ner de maniè­re opti­ma­le. Car c’est ainsi que le tra­jet sera plus court – et plus éco­no­mi­que – pour chacun d’ent­re nous.

ÉVÉNEMENTS

Vous trou­verez ici des infor­ma­ti­ons com­plé­men­tai­res et de la docu­men­ta­ti­on sur nos mani­fes­ta­ti­ons Forum Fret Fer­ro­vi­ai­re, notre Assem­blée géné­ra­le et autres.

Tunnel de base du Saint-Gothard (#2): Dispositifs automatiques de contrôle des trains

Tunnel de base du Saint-Gothard (#2): Dispositifs automatiques de contrôle des trains

Le 10 août 2023, un train de mar­chan­di­ses a déraillé dans le tun­nel de base du Saint-Got­hard. Quel­ques minu­tes avant son entrée par le por­tail sud, il a été con­trôlé par des dis­po­si­tifs auto­ma-tiques de con­trô­le des trains (DCT). Selon les don­nées de con­trô­le, le train est entré dans le tun-nel sans problème.

Les enjeux:

  • Que sont les DCT fixes?
  • Que peu­vent faire les DCT?
  • Com­ment les DCT sont-ils perfectionnés?
  • Le cou­pla­ge auto­ma­tique digi­tal (DAC) et l’avenir

Que sont les DCT fixes?
Les dis­po­si­tifs de con­trô­le des trains (DCT) fixes font par­tie de l’infrastructure fer­ro­vi­ai­re et sont mis en œuvre à des end­roits stra­té­giques sur le réseau. Grâce à des cap­teurs et d’autres tech­no­lo­gies, ils con­trô­lent le train cir­cu­lant, c’est-à-dire chacun des véhi­cu­les. Les don­nées ainsi recu­eil­lies sont trai­tées et uti­li­sées dans le cadre de l’exploitation fer­ro­vi­ai­re quo­ti­di­en­ne pour assurer la sécu­ri­té, amé­lio­rer la pon­c­tua­li­té et rédui­re l’entretien.

Que peu­vent faire les DCT?
Leur domaine d’application initi­al visa­it à pro­té­ger l’infrastructure afin de rédui­re les per­tur­ba­ti­ons et les dom­mages et accroît­re la sécu­ri­té du ser­vice ferroviaire.

  • Détec­ter les boî­tes chaudes
  • Détec­ter les sur­faces de rou­le­ment des roues
  • Con­trô­ler les pantographes
  • Pré­ve­nir les incen­dies et les inci­dents chimiques
  • Mesurer la char­ge par essieu
  • Pro­té­ger le gaba­rit d’espace libre
  • Con­stater les phé­nomè­nes naturels
  • Aut­res

Sur l’axe nord-sud et sur l’axe est-ouest, plus de 10 000 trains font quo­ti­di­en­ne­ment l’objet d’un con­trô­le dyna­mi­que par plus de 250 DCT. En moy­enne, une bonne ving­taine d’alarmes sont déclen­chées chaque jour.

Com­ment les DCT sont-ils per­fec­tion­nés?
CFF Infra­struc­tu­re per­fec­tion­ne la struc­tu­re de con­trô­le actu­el­le dans le cadre du pro­jet d’innovation «Way­si­de Intel­li­gence» (WIN), sou­tenu par des fonds publics de l’Office fédé­ral des trans­ports (OFT).  En com­plé­ment des don­nées des cap­teurs, des don­nées d’image seront désor­mais sai­sies et les dif­fér­ents véhi­cu­les seront iden­ti­fiés au moyen du sys­tème «Radio-Fre­quen­cy Iden­ti­fi­ca­ti­on» (RFID). Les don­nées sont ana­ly­sées de maniè­re algo­rith­mi­que, agré­gées et mises à la dis­po­si­ti­on des uti­li­sa­teurs pour un usage ciblé par le biais d’interfaces nor­ma­li­sées d’échange de don­nées. Cette évo­lu­ti­on vise à amé­lio­rer la main­ten­an­ce en se réfé­rant à l’état actuel du véhi­cu­le. Elle per­met en même temps de sim­pli­fier les pro­ces­sus de main­ten­an­ce grâce à l’intelligence arti­fi­ci­el­le et à l’automatisation. Ce pro­jet est déjà bien avan­cé et dev­rait per­mett­re d’améliorer la sécu­ri­té et la dis­po­ni­bi­li­té du réseau et des véhicules.

 

Le DAC et l’avenir
Avec l’introduction du DAC, les véhi­cu­les ali­g­nés dans les trains seront con­nec­tés entre eux par une ligne de trans­mis­si­on de don­nées. L’exploitant d’infrastructure sait à tout moment quel véhi­cu­le cir­cu­le sur le réseau, dans quel train, et ce à la minu­te près. Grâce à cette inté­gri­té des trains, les don­nées pro­ven­ant des DCT seront dis­po­nibles de maniè­re plus rapi­de et plus fia­ble. Pour en savoir plus sur le DAC et les éco­sys­tè­mes de don­nées, lisez notre blog­post «Éco­sys­tè­mes de don­nées: par­ta­ger les don­nées pour dou­bler leur plus-value». Lors d’une inter­view accor­dée à l’émission «10 vor 10», Jür­gen Maier, expert en trans­port de mar­chan­di­ses de la VAP, expli­que dans quel­le mesu­re le DAC peut con­tri­buer à évi­ter des acci­dents fer­ro­vi­ai­res comme celui qui s’est pro­duit dans le tun­nel de base du Saint-Gothard.

Tunnel de base du Saint-Gothard (#1): engagés en faveur d’un traitement global

Tunnel de base du Saint-Gothard (#1): engagés en faveur d’un traitement global

Le 10 août 2023, un train de mar­chan­di­ses a déraillé dans le tun­nel de base du Saint-Got­hard. Le Ser­vice suis­se d’enquête de sécu­ri­té (SESE) pri­vilé­gie l’hypothèse d’un bris de dis­que de roue. À la VAP, nous allons trai­ter l’événement de maniè­re sys­té­ma­tique et ori­en­tée vers les risques.

Les enjeux:

  • Le plan d’urgence fon­c­tion­ne, appro­vi­si­on­ne­ment assuré
  • Tri­ang­le des responsa­bi­li­tés éprouvé
  • Nor­mes de sécu­ri­té respectées
  • Rela­ti­ons juri­di­ques glo­ba­le­ment réglées
  • Les bris sont rares, mais ne sont pas exclus
  • Pour­suiv­re l’objectif de transfert

Les con­cepts d’urgence fon­c­tion­nent
Grâce à des con­cepts d’urgence plus éla­bo­rés, les acteurs clés ont réagi rapi­de­ment et de ma-nière appro­priée après l’accident: l’approvisionnement en mar­chan­di­ses est assu­ré, les wagons de mar­chan­di­ses et de voy­a­ge­urs cir­cu­lent à nou­veau. Les con­cepts d’urgence des ent­re­pri­ses de fret fer­ro­vi­ai­re inclu­ant des tra­fics de dévia­ti­on par le cor­ri­dor de tran­sit ont fait leurs preu­ves. Les leçons de Ras­tatt ont été tirées et le sec­teur est prêt à faire face à une situa­ti­on d’urgence.

Tri­ang­le de responsa­bi­li­té éprou­vé
Le sys­tème de fret fer­ro­vi­ai­re repo­se sur l’interaction, sur un pied d’égalité, entre le ges­ti­on­n­aire de l’infrastructure (dans le tun­nel de base du Saint-Got­hard: les CFF) et les ent­re­pri­ses de trans-port fer­ro­vi­ai­re (chem­ins de fer de mar­chan­di­ses), ainsi que d’autres acteurs, tels que les déten-teurs de wagons, qui ont une influence poten­ti­el­le sur l’exploitation sûre du sys­tème fer­ro­vi­ai­re. Tous les inter­venants dis­po­sent de sys­tè­mes de sécu­ri­té per­fec­tion­nés et appli­quent les mêmes règles euro­pé­en­nes quant aux inter­faces entre les acteurs.

Nor­mes de sécu­ri­té respec­tées
En l’état actuel des infor­ma­ti­ons, tous les acteurs ont respec­té les métho­des et nor­mes tech-niques de sécu­ri­té. Les trains qui ent­rent dans le tun­nel de base du Saint-Got­hard par le por­tail sud sont con­trôlés en der­nier lieu à Claro (TI) par des instal­la­ti­ons de con­trô­le auto­ma­ti­ques des trains. Selon les don­nées dis­po­nibles, le train qui a déraillé ne pré­sen­tait pas d’anomalie lors de son entrée dans le tun­nel. Les déten­teurs de wagons et leur «Enti­ty in Char­ge of Main­ten­an­ce» (ECM, en fran­çais: «bureau responsable de la main­ten­an­ce») sont respons­ables de la main­te-nance et de la sécu­ri­té de l’état opé­ra­ti­on­nel des wagons lors de leur remi­se à l’entreprise ferro-viai­re de fret. L’ECM, qui est cer­ti­fiée par des orga­nis­mes indé­pen­dants, défi­nit ainsi des mesu­res de main­ten­an­ce et veil­le à leur mise en œuvre et à leur docu­men­ta­ti­on con­for­mé­ment aux mé-tho­des et nor­mes tech­ni­ques de sécurité.

Rela­ti­ons juri­di­ques glo­ba­le­ment réglées
Les déten­teurs de wagons met­tent leurs wagons à la dis­po­si­ti­on des ent­re­pri­ses fer­ro­vi­ai­res de fret en vue de leur uti­li­sa­ti­on par ces der­niè­res. Les ent­re­pri­ses de fret fer­ro­vi­ai­re uti­li­sent pour leur part les réseaux des ges­ti­on­n­aires d’infrastructure. Tou­tes les con­di­ti­ons d’utilisation sont con­trac­tu­el­le­ment réglées de maniè­re uni­for­me en Suis­se et au niveau inter­na­tio­nal. En ce qui con­cer­ne les rela­ti­ons entre les ent­re­pri­ses fer­ro­vi­ai­res de fret et les déten­teurs de wagons, l’article 20 de la loi suis­se sur le trans­port de mar­chan­di­ses (LTM) ren­voie à la Con­ven­ti­on rela­ti­ve aux trans­ports inter­na­ti­on­aux fer­ro­vi­ai­res (COTIF). Sur la base de cet accord inter­na­tio­nal, plus de 770 ent­re­pri­ses de fret fer­ro­vi­ai­re et déten­teurs de wagons en Euro­pe ont instau­ré depuis 2006 un cont­rat mul­ti­la­té­ral sup­p­lé­men­tai­re, le «Cont­rat uni­for­me d’utilisation des wagons» (CUU), qui règle en détail les rela­ti­ons juri­di­ques entre les déten­teurs de wagons et les ent­re­pri­ses ferro-viaires.

Les bris sont rares, mais pas exclus
On igno­re enco­re com­ment le dérail­le­ment s’est pro­duit et le SESE pour­su­it ses inves­ti­ga­ti­ons. Dans le cadre de la ges­ti­on du sinist­re qui suiv­ra, il y aura lieu d’élucider les cau­ses, cla­ri­fier les ques­ti­ons rela­ti­ves à la responsa­bi­li­té et à l’indemnisation et ana­ly­ser les dis­po­si­tifs de sécu­ri­té actuels. Les bris de dis­ques de roue sont très rares. En pareil cas, une influence exté­ri­eu­re et une usure maté­ri­el­le sont tou­tes deux des cau­ses pos­si­bles. Les bris de piè­ces de fon­c­tion cri­tique, tel­les que les rails ou les dis­ques de roue, sont extrê­me­ment dif­fi­ci­les à pré­voir et ont des cau­ses mul­ti­ples. Leur ent­re­ti­en pré­ven­tif accom­pa­gné de con­trô­les régu­liers est de rigueur, mais il a ses limi­tes. En Suis­se, les con­trô­les des trains et des wagons par les opé­ra­teurs de fret fer­ro­vi­ai­re et les ges­ti­on­n­aires d’infrastructures et les con­trô­les effec­tués par plus de 250 instal­la­ti­ons de con-trôle des trains sont bien étab­lis sur l’ensemble du territoire.

Pour­suiv­re l’objectif de trans­fert
L’ampleur des réper­cus­sions d’un tel évé­ne­ment sur l’ensemble du sys­tème de trans­port et l’importance des dom­mages qu’il peut cau­ser sont évi­dents. C’est pour­quoi, au sein du grou­pe de tra­vail sec­to­ri­el «CI sécu­ri­té», avec notre éch­an­ge d’expériences ECM annu­el et en col­la­bo­ra­ti­on avec l’Office fédé­ral des trans­ports (OFT), nous entre­te­nons une étroi­te coopé­ra­ti­on avec tous les acteurs per­tin­ents du fret fer­ro­vi­ai­re, afin de faire con­stam­ment évo­luer l’état de la tech­ni­que et d’améliorer enco­re le niveau de sécu­ri­té déjà très élevé. Nous sug­gé­rons d’aborder les ques­ti­ons et les mesu­res à venir sur la base du rap­port que ren­dra le SESE. C’est la seule façon de rédui­re davan­ta­ge le ris­que qu’un nou­vel acci­dent se pro­dui­se, tout en pour­suivant l’objectif, inscrit dans la Con­sti­tu­ti­on, de trans­fert du tra­fic tran­sal­pin de mar­chan­di­ses. Il est donc d’autant plus impor-tant que le tun­nel de base du Saint-Got­hard puis­se à nou­veau être emprun­té le plus rapi­de­ment pos­si­ble, sur­tout dans la per­spec­ti­ve de la repri­se de l’économie ita­li­en­ne après la pause esti­vale. Par ail­leurs, le recours à l’alternative du trans­port rou­tier dis­po­nible et fle­xi­ble est indis­pensable. Pour ce faire, nous pro­po­sons notre assis­tance, con­join­te­ment avec nos mem­bres et nos parte-naires du sec­teur, dans l’organisation effi­cace des tra­fics de dévia­ti­on et la recon­fi­gu­ra­ti­on des compositions.

Aides de l’UE: sur la corde raide, entre protection du climat et distorsion de la concurrence

Aides de l’UE: sur la corde raide, entre protection du climat et distorsion de la concurrence

Dans le tra­fic par wagons com­plets iso­lés (TWCI) à l’intérieur de l’Union euro­pé­en­ne (UE), nous assis­tons à une évo­lu­ti­on plus poli­tique qu’axée sur le mar­ché. L’UE sou­ti­ent à grand ren­fort de publi­ci­té le trans­fert du trans­port de mar­chan­di­ses vers des modes de trans­port respec­tueux du cli­mat comme le rail et la navi­ga­ti­on au moyen de dif­fér­ents pro­gram­mes et fonds et sur le prin­ci­pe, on ne peut que s’en féli­ci­ter.
Les ent­re­pri­ses publi­ques de fret, sou­te­nues par les syn­di­cats, qua­li­fi­ent le TWCI de «ser­vice public». Cepen­dant, ce ne sont pas elles qui en sup­port­ent les con­sé­quen­ces, mais les États et les char­geurs. De fait, ces sub­ven­ti­ons redis­tri­buées par l’UE aux frais des con­tri­bu­ables se tra­dui­sent par un fort sub­ven­ti­on­ne­ment du TWCI sans inci­ta­ti­on à l’augmentation de la pro­duc­ti­vi­té dans le sens d’un déve­lo­p­pe­ment dura­ble. Cela signi­fie que le TWCI cimen­te avec l’argent des con­tri­bu­ables, de la socié­té et de l’économie, un mono­po­le dénué de toute obli­ga­ti­on de ser­vice public comme l’obligation de trans­por­ter ou l’obligation de publier les tarifs.
Ce man­que d’orientation sur le mar­ché et d’esprit d’entreprise de la part des chem­ins de fer publics et des syn­di­cats ne per­met­tra d’atteindre ni les objec­tifs de trans­fert du tra­fic, ni les objec­tifs cli­ma­ti­ques. De plus, en tant que pro­prié­tai­res des chem­ins de fer publics, les États pren­nent à long terme un ris­que impon­dé­ra­ble tant en matiè­re de finan­ces que de poli­tique des trans­ports en ce qui con­cer­ne la sécu­ri­té de l’approvisionnement dans leur pays.
Pour les char­geurs, les con­sé­quen­ces ne sont pas moins gra­ves. Pour réa­li­ser des trans­ports mul­ti­mo­daux, les char­geurs doi­vent inves­tir dans le sys­tème fer­ro­vi­ai­re, alors qu’ils sont dépen­dants d’une ent­re­pri­se mono­po­lis­tique elle-même en situa­ti­on de dépen­dance finan­ciè­re et gérée par la main­mi­se poli­tique. Ce n’est vrai­ment pas ce que l’on peut appe­l­er une sécu­ri­té de l’approvisionnement et des inves­tis­se­ments.
Les sub­ven­ti­ons doi­vent être uti­li­sées de maniè­re ciblée et limi­tée dans le temps afin de pré­ser­ver les emplois sur le long terme et de mett­re le TWCI sur la voie du suc­cès.
Dans cet artic­le du blog, nous exami­nons de près les sub­ven­ti­ons publi­ques en Alle­ma­gne, France, Autri­che et Suis­se sous l’angle de leur objec­tif et de leur ampleur et abordons la ques­ti­on des con­flits d’intérêts et des néces­si­tés qui en découlent.

Les enjeux:

  • Les aides d’État visent à instau­rer une mobi­li­té dura­ble et viable.
  • Elles peu­vent tou­te­fois don­ner lieu à des dis­tor­si­ons de la con­cur­rence et à une discrimination.
  • Les aides finan­ciè­res de l’État doi­vent ser­vir à assurer la tran­si­ti­on jusqu’à l’autonomie financière.
  • Les acteurs du mar­ché ont pré­cis­é­ment beso­in d’une aide finan­ciè­re pour les inno­va­tions tel­les que le DAC.
  • Les ins­tances qui accor­dent les aides dev­rai­ent véri­fier l’efficacité de cel­les-ci et les vio­la­ti­ons des règles rela­ti­ves aux subventions.
  • Le cas éché­ant, il s’avèrera néces­saire de pro­cé­der à des modi­fi­ca­ti­ons de la loi.

 

La Com­mis­si­on euro­pé­en­ne accor­de un sou­ti­en finan­cier au trans­fert du fret de la route vers des modes de trans­port plus respec­tueux de l’environnement, comme la navi­ga­ti­on inté­ri­eu­re et le rail. Elle met à dis­po­si­ti­on des aides finan­ciè­res con­for­mes aux lignes direc­tri­ces de l’UE en matiè­re d’aides d’État. L’objectif de ces aides de l’UE est une mobi­li­té dura­ble et intel­li­gen­te, elle-même cen­sée per­mett­re de rédui­re les émis­si­ons de CO2 et de déseng­or­ger les rou­tes dans le cadre du pacte vert pour l’Europe. Comme c’est sou­vent le cas pour les aides publi­ques au finance­ment, il faut aussi s’assurer dans le domaine du trans­port de mar­chan­di­ses que la con­cur­rence dans le mar­ché inté­ri­eur n’est pas faus­sée et que l’autofinancement et la trans­pa­rence sont atteints.

Comparaison du financement des déficits dans le trafic par wagons complets isolés (TWCI)
Pays
Programme de subventionnement et avantages
Montant de la subvention
Période
Alle­ma­gne

Sub­ven­ti­on­ne­ment tem­po­rai­re des frais d’exploitation non dis­cri­mi­na­toire et ori­en­té sur la crois­sance (BK-EWV)

Cette sub­ven­ti­on du minis­tère fédé­ral alle­mand du Numé­ri­que et des Trans­ports se veut être une mesu­re tran­si­toire desti­née à aug­men­ter la ren­ta­bi­li­té du TWCI par le déploie­ment du cou­pla­ge auto­ma­tique digi­tal (DAC). Le minis­tère vise ainsi à sou­te­nir les ent­re­pri­ses fer­ro­vi­ai­res appar­ten­ant ou non à la Répu­bli­que fédé­ra­le dans les trans­ports nati­on­aux et trans­fron­ta­liers dans le cadre d’une descrip­ti­on du sys­tème de TWCI devant être four­nie. Des détails sur le pro­gram­me BK-EWV sont atten­dus pour juillet.

80 mil­li­ons d’euros

100 mil­li­ons d’euros

100 mil­li­ons d’euros

2023

2024

2025

France

Sou­ti­en de l’offre de trans­port du TWCI

Des sub­ven­ti­ons direc­tes ont pour fon­c­tion d’indemniser les ent­re­pri­ses fer­ro­vi­ai­res pour la dif­fé­rence de coût entre le trans­port rou­tier et le trans­port fer­ro­vi­ai­re. Les béné­fi­ci­ai­res en sont les ent­re­pri­ses fer­ro­vi­ai­res acti­ves dans le domaine du TWCI.

450 mil­li­ons d’euros soit

150 mil­li­ons d’euros par an

2023–2025
Autri­che

«SGV-Plus» (TFM Plus) 

Ce pro­gram­me de sub­ven­ti­on­ne­ment aide les ent­re­pri­ses de trans­port fer­ro­vi­ai­re à réa­li­ser par le rail des trans­ports de mar­chan­di­ses qui sans ce sou­ti­en dev­rai­ent en gran­de par­tie se faire par la route, par cami­ons. SGV-Plus se com­po­se d’un sou­ti­en des pre­sta­ti­ons de fret fer­ro­vi­ai­re et d’une sub­ven­ti­on pour la rede­van­ce d’utilisation de l’infrastructure.

Sub­ven­ti­on­ne­ment des rac­cor­de­ments et des terminaux

L’État aide les ent­re­pri­ses à trans­por­ter leurs mar­chan­di­ses sur un mode dura­ble par le rail à l’aide de mesu­res comme celles-ci:

  • Con­s­truc­tion, exten­si­on et réac­ti­va­ti­on de voies de rac­cor­de­ment et de terminaux
  • Inves­tis­se­ments dans l’existant dans le domaine des voies de raccordement
  • Inves­tis­se­ments dans l’existant pour les équi­pe­ments de trans­bor­de­ment mobi­les dans le domaine du terminal

Env. 90 mil­li­ons d’euros

 

 

 

 

13 mil­li­ons
d’euros
par an

2023–2027

 

 

 

 

 

À par­tir de 2023

Suis­se

Per­fec­tion­ne­ment des con­di­ti­ons-cad­res du trans­port de mar­chan­di­ses en Suisse

Le Con­seil fédé­ral pré­voit des pro­gram­mes de sub­ven­ti­on­ne­ment apportant les avan­ta­ges suivants:

  • Indem­nis­er finan­ciè­re­ment les four­nis­seurs de TWCI
  • Appor­ter un finance­ment de départ au lance­ment du DAC
  • Sou­te­nir finan­ciè­re­ment les appareils de trans­bor­de­ment ainsi que les off­res d’infrastructure de la navi­ga­ti­on rhénane
  • Dimi­n­uer le prix du char­ge­ment sur le rail

600 mil­li­ons de CHF soit

150 mil­li­ons de CHF par an

2024–2027

 

Pertinence limitée de la comparaison

Les sub­ven­ti­ons men­ti­onnées dans le tableau ci-des­sus sont expri­mées en chif­fres abso­lus. Cela les rend dif­fi­ci­les à compa­rer, faute de mon­tant de réfé­rence. Par exemp­le, la SNCF (France) réa­li­se plu­s­ieurs fois le nombre de ton­nes-kilo­mè­tres par­cou­rus par les CFF, mais reçoit en com­pa­rai­son con­sidé­ra­blem­ent moins d’argent. Con­trai­re­ment aux pays de l’Union euro­pé­en­ne, en Suis­se, le mon­tant total des sub­ven­ti­ons com­prend aussi la migra­ti­on vers le DAC. C’est pré­cis­é­ment parce que la plu­part des pays dis­po­sent par­al­lè­le­ment de nombreu­ses sources de finance­ment qu’il est extrê­me­ment dif­fi­ci­le de compa­rer les aides de maniè­re pertinente.

Conflit d’intérêts protection du climat vs concurrence

Les gou­ver­ne­ments uti­li­sent prin­ci­pa­le­ment leurs sub­ven­ti­ons dans le but d’encourager le trans­fert du tra­fic vers des modes de trans­port dur­a­bles. L’objectif ulti­me com­por­te le ris­que de faus­ser la com­pé­ti­ti­vi­té du fret fer­ro­vi­ai­re. Pour que celui-ci reste via­ble d’un point de vue non seu­le­ment éco­lo­gi­que, mais aussi éco­no­mi­que, les respons­ables doi­vent viser un sys­tème de fret fer­ro­vi­ai­re auto­no­me et axé sur l’économie de mar­ché qui intèg­re sans dis­cri­mi­na­ti­on tou­tes les ent­re­pri­ses de fret fer­ro­vi­ai­re sur la base d’une con­cur­rence intra­mo­da­le et soit un par­ten­aire fia­ble aux côtés des char­geurs. La Suis­se s’est fixé pour objec­tif l’autofinancement, et elle est sur la bonne voie pour l’atteindre.

Garantir la non-discrimination

Là où les acteurs publics et pri­vés du mar­ché se ren­cont­rent, on voit vite sur­gir le repro­che de la dis­cri­mi­na­ti­on. Un exemp­le clas­si­que en est le sub­ven­ti­on­ne­ment du der­nier kilo­mèt­re. Celui-ci fait l’objet de débats enflam­més tant sur le plan inter­na­tio­nal qu’en Suis­se (cf. Rail­Busi­ness no 6 et 7/2023). Dans l’article de notre blog inti­tulé «Exter­na­li­ser le der­nier kilo­mèt­re et l’organiser de maniè­re non dis­cri­mi­na­toire», nous esquis­sons la forme que pour­rait prend­re un der­nier kilo­mèt­re non dis­cri­mi­na­toire en Suis­se. Nous y pré­co­ni­sons que la ges­ti­on du sys­tème ne soit plus con­fiée à un seul grand opé­ra­teur – comme c’est actu­el­le­ment le cas avec CFF Cargo – et pro­po­sons qu’à la place, la des­ser­te du pre­mier et du der­nier kilo­mèt­re soit assu­rée par un presta­tai­re uni­que. Celui-ci sera dans l’idéal l’exploitant d’infrastructure, qui, ceci mis à part, ne four­nit aucu­ne pre­sta­ti­on de trans­port. Dans l’article de notre blog inti­tulé «Sub­ven­ti­on­ne­ment du tra­fic par wagon isolé: empê­cher la dis­tor­si­on de la con­cur­rence et la dis­cri­mi­na­ti­on», vous trou­verez de plus amp­les expli­ca­ti­ons sur les rai­sons pour les­quel­les la non-dis­cri­mi­na­ti­on est pri­mor­dia­le en matiè­re d’aides d’État.

En Alle­ma­gne, le «Ver­band deut­scher Ver­kehrs­un­ter­neh­men» (Fédé­ra­ti­on des ent­re­pri­ses de trans­port alle­man­des VDV) et l’association «Die Güter­bah­nen» (Les chem­ins de fer de mar­chan­di­ses) récla­ment un sub­ven­ti­on­ne­ment non dis­cri­mi­na­toire des tra­jets de des­ser­te entre le point de char­ge­ment chez le cli­ent et la der­niè­re com­po­si­ti­on fon­c­tion­nel­le d’un train. Des règle­men­ta­ti­ons cor­re­spond­an­tes garan­ti­ront que le sub­ven­ti­on­ne­ment irri­guera des régions par­ti­cu­liè­re­ment peu des­ser­vies et non ren­ta­bles ainsi que les nou­veaux tra­fics afin d’attirer aussi le trans­port fer­ro­vi­ai­re dans ces endroits.

Renforcer financièrement la force d’innovation

À notre avis, les finance­ments d’État doi­vent con­sti­tuer une tran­si­ti­on desti­née à durer jusqu’à ce que les acteurs par­vi­en­nent à s’autofinancer. Cette appro­che est tout par­ti­cu­liè­re­ment pri­mor­dia­le pour les inno­va­tions, par exemp­le pour la migra­ti­on vers le DAC et pour la digi­ta­li­sa­ti­on du fret fer­ro­vi­ai­re qui va de pair. Les déten­teurs de wagons ne peu­vent pas tirer parti du DAC direc­te­ment, mais doi­vent con­sen­tir des inves­tis­se­ments énor­mes dans le réé­qui­pe­ment du maté­ri­el rou­lant. Pour savoir pour­quoi nous nous impli­quons pour le finance­ment de départ du DAC, qui ouvre la voie à une nou­vel­le ère du rail, plu­tôt qu’en faveur du sub­ven­ti­on­ne­ment per­ma­nent d’un sys­tème obsolè­te, lisez l’article de notre blog inti­tulé «Inno­va­ti­on dans le fret fer­ro­vi­ai­re: le DAC ouvre la voie».

Repenser le système ferroviaire

Pour que les avan­ta­ges de la digi­ta­li­sa­ti­on se con­cré­ti­sent dans le trans­port fer­ro­vi­ai­re de mar­chan­di­ses, il faut plus que le DAC. Il faut une trans­for­ma­ti­on et une opti­mi­sa­ti­on fon­da­men­ta­les des pro­ces­sus inter­sys­tè­mes. Ce n’est qu’ainsi que les acteurs du mar­ché pour­ront aug­men­ter leur pro­duc­ti­vi­té, rédui­re les coûts et adop­ter sys­té­ma­ti­quement une ori­en­ta­ti­on cli­ent afin de res­ter com­pé­ti­tifs en uti­li­sant le rail. Cela passe par une nou­vel­le con­cep­ti­on holis­tique de l’ensemble du sys­tème fer­ro­vi­ai­re. Celle-ci va lar­ge­ment au-delà du simp­le finance­ment (de départ) du TWCI ou du DAC. Elle con­cer­ne l’ensemble des pro­ces­sus, instru­ments d’incitation, méca­nis­mes de mar­ché et inter­faces de la logis­tique de fret mul­ti­mo­da­le en Suisse.

Créer de la transparence grâce au monitoring

Pour pou­voir uti­li­ser les fonds publics de maniè­re ciblée, il faut défi­nir clai­re­ment les objec­tifs devant être att­eints grâce à ce sou­ti­en. Il s’agit – comme cela est habi­tuel dans les ent­re­pri­ses pri­vées – d’opérer une véri­fi­ca­ti­on à l’aide de paramè­tres mesur­a­bles, par exemp­le «com­bien de DAC seront mis en œuvre d’ici 2025 pour quel­le somme», «com­bien de voies ont été réa­li­sées» ou enco­re «com­bien de char­ge­ments de cami­ons ont été mis sur le rail». La mesu­ra­bi­li­té d’un taux de réus­si­te per­met aux acteurs d’adapter leur stra­té­gie en conséquence.

Empêcher les abus des lignes directrices de l’UE en matière d’aides d’État

En 2020, la Deut­sche Bahn s’est vu repro­cher une dis­tor­si­on mas­si­ve du mar­ché, car elle devait rece­voir de la part de l’État une aug­men­ta­ti­on de ses capi­taux pro­pres à hauteur de 5 mil­li­ards d’euros en rai­son de la crise du COVID-19. Au début de l’année 2023, la Com­mis­si­on euro­pé­en­ne a lancé une enquête sur de pos­si­bles aides publi­ques illé­ga­les de l’ordre de dix à vingt mil­li­ards ver­sées au sec­teur Fret de la socié­té fer­ro­vi­ai­re éta­tique SNCF. Ces exemp­les récents mont­rent que les aides publi­ques com­portent tou­jours un ris­que d’abus. Il est d’autant plus important que les gou­ver­ne­ments cré­ent les mêmes con­di­ti­ons de con­cur­rence pour tous et au beso­in affi­nent a pos­te­rio­ri le cadre juri­di­que.[1]

Affiner a posteriori les lignes directrices

Les lignes direc­tri­ces euro­pé­en­nes con­cer­nant le sec­teur fer­ro­vi­ai­re sont l’exemple d’une telle révi­si­on. La Com­mis­si­on euro­pé­en­ne a pro­po­sé de les révi­ser afin de trans­fé­rer le tra­fic sur des solu­ti­ons plus dur­a­bles et moins pol­lu­an­tes tout en con­ser­vant des con­di­ti­ons de con­cur­rence équi­ta­bles au sein de l’Union euro­pé­en­ne. La con­sul­ta­ti­on des États mem­bres sur la pro­mo­ti­on de pro­gram­mes trans­par­ents et non dis­cri­mi­na­toires, la limi­ta­ti­on des aides indi­vi­du­el­les à des cas excep­ti­on­nels et la modi­fi­ca­ti­on du pla­fon­ne­ment des aides s’est ache­vée le 16 mars 2022. La majo­ri­té des répondant·e·s ont donné leur pré­fé­rence à une pro­mo­ti­on de pro­gram­mes offrant des chan­ces éga­les à tou­tes les ent­re­pri­ses et à ce que des aides indi­vi­du­el­les ne soi­ent accor­dées que dans des cas excep­ti­on­nels. La Com­mis­si­on euro­pé­en­ne pré­voit d’approuver la révi­si­on des lignes direc­tri­ces rela­ti­ves aux aides d’État appli­ca­bles au sec­teur du trans­port fer­ro­vi­ai­re au 4e tri­mest­re 2023.

[1] Cf. Artic­le paru dans la DVZ le 30.05.2023 (en allemand)

Écosystèmes de données: partager les données pour doubler leur plus-value

Écosystèmes de données: partager les données pour doubler leur plus-value

À la VAP, nous tra­vail­lons depuis long­temps d’arrache-pied sur le sujet des éco­sys­tè­mes de don­nées. En 2022, nous avons sug­gé­ré au Bureau de coor­di­na­ti­on pour la mobi­li­té dura­ble (COMO) de mett­re au point une pla­te­for­me de don­nées, et nous fai­sons pro­gresser le déve­lo­p­pe­ment de l’infrastructure de don­nées sur la mobi­li­té (MODI). Dans cet artic­le de notre blog, nous nous pro­po­sons de pour­suiv­re le dia­lo­gue et de mon­trer pour­quoi les éco­sys­tè­mes de don­nées dev­rai­ent faire par­tie de la visi­on de tous les acteurs du fret fer­ro­vi­ai­re. 

Les enjeux:

  • La com­ple­xi­té, un défi de taille
  • À petits pas vers la gran­de vision
  • Exploi­ter à fond l’inépuisable potentiel de données
  • Pour une pour­suite de notre dialogue
La complexité, un défi de taille

Les éco­sys­tè­mes de don­nées sont haute­ment com­ple­xes et cou­vrent plu­s­ieurs champs thé­ma­ti­ques (cf. illus­tra­ti­on 1). Pour rend­re ces éco­sys­tè­mes de don­nées uti­li­sables et ren­ta­bles, nous devons prend­re en comp­te l’ensemble des sou­haits et beso­ins des acteurs ainsi que les éven­tu­el­les restrictions.

Illus­tra­ti­on 1: la visi­on de l’interconnectivité numé­ri­que et opé­ra­ti­on­nel­le com­prend des domain­es thé­ma­ti­ques extrê­me­ment exigeants.

À l’occasion de notre Forum Fret fer­ro­vi­ai­re 2023, le Dr Mat­thi­as Prandt­stet­ter, Seni­or Sci­en­tist et The­ma­tic Coor­di­na­tor à l’AIT, Aus­tri­an Insti­tu­te of Tech­no­lo­gy AIT, ainsi que Moni­ka Zosso Lunds­gaard-Han­sen, co-chef­fe de la sec­tion Affai­res direc­to­ria­les à l’OFT, ont donné des aper­çus de l’état actuel d’avancement des initia­ti­ves et réfle­xi­ons. Les deux expert·e·s sont unani­mes: les pro­grès à accom­plir dans le sec­teur fer­ro­vi­ai­re seront une tâche de longue hal­ei­ne et ardue.

À petits pas vers la grande vision

La visi­on d’un éco­sys­tème de don­nées intel­li­gent et peut-être capa­ble de prend­re ses décis­i­ons de maniè­re auto­no­me pour­rait par exemp­le être réa­li­sée selon les pha­ses sui­van­tes (descrip­ti­on non exhaustive):

1. Mise à dis­po­si­ti­on des don­nées de base (p. ex. avec MODI)

  • Qua­li­té garantie
  • Carac­tère uni­que de tout bloc de don­nées (c’est-à-dire défi­ni­ti­ons univoques)
  • Acces­si­bi­li­té / trans­pa­rence pour tou­tes les par­ties prenantes
  • Pos­si­bi­li­té de déve­lo­p­per des appli­ca­ti­ons mobi­les sur le mar­ché et d’élargir les fonctionnalités

2. Acti­va­ti­on de la plaque tour­nan­te d’échange de don­nées (p. ex. DX Inter­mo­dal de Hupac)

  • Éch­an­ges entre 2 ou plu­s­ieurs ent­re­pri­ses acti­ves sur la plaque tournante
  • Blocs de don­nées sup­p­lé­men­tai­res (avec ou sans rest­ric­tions pour des acteurs ou ent­re­pri­ses donnés)
  • Pos­si­bi­li­tés de réser­va­ti­on de rela­ti­ons par­ti­el­les ou complètes

3. Créa­ti­on d’un éco­sys­tème de données

  • Don­ner accès aux don­nées his­to­ri­ques pour les pre­miè­res pos­si­bi­li­tés d’analyse
  • Ban­ques de don­nées (rac­cor­der les don­nées de base et/ou les blocs de don­nées dis­po­nibles avec des restrictions)

4. Uti­li­sa­ti­on de la tech­no­lo­gie du blockchain

  • Les don­nées et blocs de don­nées sont con­nec­tés de maniè­re optimale.
  • Trans­pa­rence abso­lue des coûts et des prix
  • Aug­men­ta­ti­on de la sécu­ri­té dans les éch­an­ges de données
  • Déve­lo­p­pe­ment et exé­cu­ti­on plus effi­caces de l’ensemble

5. Mise en œuvre de la visi­on d’un inter­net physique

  • Sys­tème mon­di­al ouvert basé sur une con­nec­ti­vi­té inter­net phy­si­que, numé­ri­que et opérationnelle
  • Appli­que les pro­to­co­les, les inter­faces et la modularisation.
  • Cer­tai­nes décis­i­ons sont pri­ses par l’écosystème – et non par des acteurs donnés.

Actu­el­le­ment, le sec­teur fer­ro­vi­ai­re se trouve en phase 1 et 2, quoi­que seu­le­ment pon­c­tu­el­le­ment. La loi fédé­ra­le con­cer­nant l’infrastructure de don­nées sur la mobi­li­té (MODIG) de l’OFT abor­de tous les champs thé­ma­ti­ques per­tin­ents. DX Inter­mo­dal est déjà opé­ra­ti­on­nel dans le tra­fic com­bi­né (TC) et reprend cer­ta­ins points de la phase 2. Il ne sera pos­si­ble d’obtenir des avan­ta­ges glo­baux pour la logis­tique de fret fer­ro­vi­ai­re que si l’on prend en comp­te tou­tes les for­mes de pro­duc­tion du trans­port de mar­chan­di­ses et l’ensemble de la chaî­ne de trans­port («porte-à-porte»). Pour ce faire, il fau­dra inté­grer des élé­ments de l’intelligence arti­fi­ci­el­le. 

Exploiter à fond l’inépuisable potentiel de données

Parti d’un simp­le engouement, le big data est devenu une véri­ta­ble méga­ten­dance; les don­nées coll­ec­tées recè­lent un potentiel qua­si­ment infi­ni et per­met­tent de créer des modè­les com­mer­ciaux numé­ri­ques inno­vants et dis­rup­tifs et d’améliorer les pré­vi­si­ons pour prend­re les bon­nes décis­i­ons com­mer­cia­les. Tou­te­fois, cela ne vaut que pour les don­nées dis­po­nibles dans la qua­li­té et la gra­nu­la­ri­té appro­priées. De plus, les acteurs doi­vent être en mesu­re d’extraire des don­nées les bon­nes infor­ma­ti­ons et donc les con­nais­sances sou­hai­tées, puis de les inter­pré­ter et les uti­li­ser cor­rec­te­ment. Cela pose un cer­tain nombre de défis aux par­ten­aires de l’écosystème:

Avantages pour le système vs avantages individuels

Cer­tai­nes ent­re­pri­ses dis­po­sent déjà de sys­tè­mes de don­nées inter­nes. Elles coll­ec­tent les don­nées des appareils mon­tés sur les loco­mo­ti­ves et les wagons et les uti­li­sent pour pro­cé­der à des opti­mi­sa­ti­ons ou les trans­met­tent à des tiers. Les ent­re­pri­ses acquiè­rent ainsi des avan­ta­ges con­cur­rentiels et des sources de reve­nus sup­p­lé­men­tai­res. Pour­quoi ces ent­re­pri­ses dev­rai­ent-elles donc par­ti­ci­per à des éco­sys­tè­mes de don­nées? Parce que l’optimisation de son pro­pre sys­tème ne béné­fi­cie pas néces­saire­ment au sys­tème dans son ensem­ble ou au cli­ent final. Si par exemp­le divers acteurs indi­vi­du­els ven­dent les mêmes don­nées à des tiers cont­re rému­né­ra­ti­on, le sys­tème ren­ché­rit, car pour chaque trans­fert de don­nées, de l’argent cir­cu­le. De plus, les dif­fér­ents acteurs peu­vent com­bi­ner leurs blocs de don­nées dans le cadre d’un éco­sys­tème de don­nées et ainsi con­tri­buer à l’efficience de l’ensemble du sys­tème, par exemp­le les horai­res de départ ou d’arrivée pré­vus. Dans ce con­tex­te, il est indis­pensable de cla­ri­fier les ques­ti­ons de la sou­ve­rai­ne­té sur les données.

Obligation vs volontariat

L’État est et reste le plus grand bail­leur de fonds du sys­tème fer­ro­vi­ai­re. Il dev­rait être dési­reux de sou­la­ger ses pro­pres finan­ces et donc les con­tri­bu­ables. La mise à dis­po­si­ti­on de don­nées d’utilité publi­que est de natu­re à amé­lio­rer l’efficience. À cet égard aussi, cer­tai­nes ques­ti­ons atten­dent une répon­se: les par­ten­aires de l’écosystème doi­vent-ils être obli­gés de four­nir des blocs de don­nées? Au sein d’un éco­sys­tème de don­nées, doit-il être pos­si­ble de com­pen­ser des inves­tis­se­ments indi­vi­du­els anté­ri­eurs ou de les mett­re en balan­ce avec les sub­ven­ti­ons reçues? Ou bien la par­ti­ci­pa­ti­on à un éco­sys­tème de don­nées doit-elle res­ter volon­tai­re, avec le ris­que que trop peu de par­ti­ci­pan­ts ali­men­tent la pla­te­for­me en données?

Données vs données

Tous les élé­ments de don­nées n’ont pas la même valeur pour un éco­sys­tème de don­nées. Ainsi, il faut défi­nir clai­re­ment dès le départ avec quel objec­tif et pour ser­vir quel­le uti­li­té géné­ra­le un acteur dépo­se­ra ses élé­ments de don­nées sur une pla­te­for­me de don­nées. En outre, afin d’éviter les dis­cus­sions à carac­tère affec­tif, il con­vi­ent de distin­guer les don­nées opé­ra­ti­on­nel­les, tech­ni­ques et com­mer­cia­les. Enfin, un cri­tère décisif pour la cré­di­bi­li­té et la dura­bi­li­té d’un éco­sys­tème de don­nées est la qua­li­té garan­tie par le pro­prié­tai­re des don­nées ou par un ser­vice char­gé de la qua­li­té nou­vel­le­ment créé.

Pour une poursuite de notre dialogue

À la VAP, nous sou­hai­tons faire béné­fi­ci­er l’ensemble du sec­teur fer­ro­vi­ai­re du potentiel des éco­sys­tè­mes de don­nées et ainsi amé­lio­rer la com­pé­ti­ti­vi­té de la bran­che. C’est pour­quoi nous nous enga­ge­ons dans ce con­tex­te en faveur de plu­s­ieurs initia­ti­ves, pro­jets de recher­che et pro­duits étab­lis, à savoir:

  • Déve­lo­p­pe­ment de l’infrastructure de don­nées sur la mobi­li­té MODI, en coopé­ra­ti­on avec l’OFT.
  • Espace euro­pé­en com­mun des don­nées rela­ti­ves à la mobi­li­té (EMDS), une initia­ti­ve de l’UE.
  • Arbeits­kreis der Logis­tik (AKL) (Cer­cle de tra­vail de la logis­tique), dont nous avons repris la direction.

 

Si vous aussi, vous sou­hai­tez con­tri­buer à for­ger l’avenir du sec­teur fer­ro­vi­ai­re, Jür­gen Maier se fera un plai­sir de vous écouter.

Keepers’ Summit 2023: l’adaptation aux exigences des clients et un avenir visionnaire pour le fret ferroviaire

Keepers’ Summit 2023: l’adaptation aux exigences des clients et un avenir visionnaire pour le fret ferroviaire

Les enjeux:

  • Kee­pers’ Sum­mit de l’UIP À Nice
  • Ori­en­ta­ti­on cli­ent et trans­for­ma­ti­on pour le fret fer­ro­vi­ai­re en Europe
  • David Zindo, nou­veau pré­si­dent de l’UIP

 

En coopé­ra­ti­on avec l’AFWP, sa fédé­ra­ti­on membre fran­çai­se, l’International Union of Wagon Kee­pers (UIP) a accu­eil­li le 15 juin 2023 à Nice (France), 120 acteurs du sec­teur des ent­re­pri­ses de fret fer­ro­vi­ai­re de toute l’Europe à sa con­fé­rence phare annuel­le, le «Kee­pers’ Sum­mit». Les dis­cus­sions se sont con­cen­trées sur la maniè­re dont il est pos­si­ble de tirer parti des carac­té­ris­ti­ques éco­lo­gi­ques du fret fer­ro­vi­ai­re pour lut­ter cont­re le chan­ge­ment cli­ma­tique tout en att­i­rant les cli­ents et les jeu­nes talents. Les panel­lis­tes et le public étai­ent unani­mes: le fret fer­ro­vi­ai­re a un rôle important à jouer dans l’avenir de notre socié­té. Mais cela ne sera pos­si­ble que si l’exploitation du fret fer­ro­vi­ai­re se trans­for­me pour s’éloigner des mono­po­les d’État et s’orienter vers la con­cur­rence du sec­teur privé.

À la recher­che du chan­ge­ment, l’ancien pré­si­dent de l’UIP, le Dr Heiko Fischer, a invi­té le public à se tour­ner vers le passé pour mieux se prépa­rer à affron­ter l’avenir. Initia­teur du cont­rat géné­ral d’utilisation (Gene­ral Con­tract of Use ou CGU), Mon­sieur Fischer a souli­g­né le rôle important des déten­teurs de wagons pri­vés dans le déve­lo­p­pe­ment des solu­ti­ons de fret fer­ro­vi­ai­re. Homme de con­vic­tion et visi­on­n­aire, il a tou­jours accor­dé beau­coup d’importance à la néces­si­té d’innover en matiè­re de fret fer­ro­vi­ai­re et de trans­for­mer celui-ci pour qu’il soit en mesu­re de rele­ver les défis à venir et de répond­re aux atten­tes des cli­ents et de la socié­té. Le public a salué par des applau­dis­se­ments debout l’implication et les réa­li­sa­ti­ons du Dr Fischer, qui a pré­si­dé aux desti­nées de l’UIP pen­dant 11 ans.

Mon­sieur Joris D’Incà, Glo­bal Head of Logi­stics au cabi­net inter­na­tio­nal de con­seil en ent­re­pri­se Oli­ver Wyman, a con­fir­mé dans son dis­cours d’ouverture la néces­si­té pour le fret fer­ro­vi­ai­re de s’adapter à l’évolution des exi­gen­ces des cli­ents: «Les cli­ents atten­dent une trans­pa­rence com­plè­te tout au long de la chaî­ne de trans­port. Ils atta­chent entre aut­res beau­coup d’importance à la dis­po­ni­bi­li­té des infor­ma­ti­ons en temps réel et à une ges­ti­on effi­cace des cor­ri­dors. Ce n’est qu’en s’adaptant à ces exi­gen­ces et à d’autres enco­re que le fret fer­ro­vi­ai­re sera en mesu­re de gagner des parts de mar­ché sur le trans­port rou­tier de mar­chan­di­ses et de jouer un rôle plus important dans la lutte cont­re le chan­ge­ment cli­ma­tique.» Pré­sen­ta­ti­on de Joris D’Incà

Le panel d’experts, animé par Madame Emi­lie Sou­lez et com­po­sé de Mon­sieur Charles Puech d’Alissac (VIIA/Naviland), Mon­sieur Paul Maza­t­aud (SNCF Réseau) et Mon­sieur Sté­pha­ne Gavard (Streem), s’est plon­gé en pro­fon­deur sur les élé­ments clés de la trans­for­ma­ti­on qui sera néces­saire pour répond­re aux nou­vel­les atten­tes. Mon­sieur Maza­t­aud a con­fir­mé les beso­ins et les inten­ti­ons de SNCF Réseau con­sistant à offrir davan­ta­ge de trans­pa­rence en matiè­re de travaux de main­ten­an­ce de même que les pro­jets de RNE d’augmenter la fle­xi­bi­li­té du réseau en adap­tant le pro­ces­sus de mise au point des horai­res. Mon­sieur Puech d’Alissac a souli­g­né les élé­ments et les avan­ta­ges du trans­port com­bi­né et du modè­le com­mer­cial qui sous-tend les acti­vi­tés de Navi­l­and et de VIIA. Il a évo­qué les pro­grès réa­li­sés dans la digi­ta­li­sa­ti­on de l’interface cli­ents et encou­ra­gé tous les acteurs à redou­bler d’efforts dans la digi­ta­li­sa­ti­on des inter­faces entre les acteurs du fret fer­ro­vi­ai­re. Mon­sieur Gavard a donné des aper­çus de l’innovation en matiè­re de wagons, tant au niveau du con­cept que de la fabri­ca­ti­on indus­tri­el­le, mais a éga­le­ment expli­qué le pro­jet de Streem portant sur le déve­lo­p­pe­ment des com­pé­ten­ces et des con­nais­sances dans le secteur.

Enfin, Mon­sieur David Zindo, CEO du grou­pe Streem et pré­si­dent nou­vel­le­ment élu de l’UIP, a con­clu par une pro­mes­se: sou­te­nir la trans­for­ma­ti­on avec des prio­ri­tés clai­res, tout en faisant pro­fi­ter les déten­teurs de wagons de mar­chan­di­ses et les asso­cia­ti­ons du suc­cès passé, afin d’accroître l’attractivité et la com­pé­ti­ti­vi­té du fret fer­ro­vi­ai­re. Il a souli­g­né l’importance du tra­vail de l’UIP et des asso­cia­ti­ons natio­na­les, qui en sont les voix bien éta­b­lies et ser­vent de lien avec les insti­tu­ti­ons poli­ti­ques loca­les et européennes.

«Nos socié­tés doi­vent com­prend­re le carac­tère uni­que du fret fer­ro­vi­ai­re comme un moyen décisif de décar­boner le sec­teur des trans­ports. En tant que sys­tème, nous devons amé­lio­rer notre offre pour répond­re aux exi­gen­ces des cli­ents, mais aussi pour atti­rer de jeu­nes talents et les for­mer.» – David Zindo

 

David Zindo est le nou­veau pré­si­dent de l’UIP: une visi­on pour l’avenir du fret ferroviaire

David Zindo est le nou­veau pré­si­dent de l’UIP et suc­cè­de au Dr Heiko Fischer, qui a diri­gé l’UIP pen­dant 11 ans en qua­li­té de pré­si­dent. Mon­sieur Zindo a été élu lors de l’assemblée géné­ra­le de l’UIP le 15 juin 2023 à Nice (France). Il est assis­té par les vice-pré­si­dents Per-Anders Ben­thin (CEO de Trans­wag­gon) et Johann Fein­dert (CEO de GATX Rail Europe).

Mon­sieur Zindo appor­te une très vaste expé­ri­ence à la pré­si­dence, car il est CEO du grou­pe Streem (anci­en­ne­ment Erme­wa Group) et depuis 2015 membre du Comi­té exé­cu­tif de l’UIP. Il a aupa­ra­vant occu­pé des pos­tes de direc­teur finan­cier à la SNCF, chez Geo­dis et chez Veo­lia Envi­ron­men­tal Services.

En sa qua­li­té de nou­veau pré­si­dent de l’UIP, David Zindo a pour visi­on de con­tin­uer à con­so­li­der l’UIP en fix­ant des prio­ri­tés clai­res, en ren­for­çant l’équipe et en con­clu­ant des alli­ances avec d’autres asso­cia­ti­ons. Il sou­hai­te ren­forcer le rôle des déten­teurs de wagons de mar­chan­di­ses dans la chaî­ne logis­tique et expli­quer le pay­sa­ge règle­men­tai­re com­ple­xe de l’Union euro­pé­en­ne. Fort de sa longue expé­ri­ence et de son impli­ca­ti­on pour le fret fer­ro­vi­ai­re, Mon­sieur Zindo vise une trans­for­ma­ti­on du sec­teur afin d’être en mesu­re de rele­ver les futurs défis et de répond­re aux atten­tes des cli­ents et de la société.

Pour en savoir plus sur la visi­on du pré­si­dent nou­vel­le­ment élu, lisez l’interview de David Zindo par l’UIP. Inter­view de David Zindo

 

 


Fon­dée en 1950, l’Inter­na­tio­nal Union of Wagon Kee­pers (UIP) est basée à Bru­xel­les. Asso­cia­ti­on faî­tiè­re des fédé­ra­ti­ons natio­na­les de 14 pays euro­pé­ens, elle repré­sen­te ainsi plus de 250 déten­teurs de wagons de mar­chan­di­ses et d’Entities in Char­ge of Main­ten­an­ce (ECM). Ses qua­tor­ze mem­bres sont les pays sui­vants: Autri­che, Bel­gi­que, Tché­quie, France, Alle­ma­gne, Hon­grie, Ita­lie, Pays-Bas, Polo­gne, Espa­gne, Slo­va­quie, Suède, Suis­se et Royau­me-Uni. L’UIP, qui est la voix de plus de 234 000 wagons de mar­chan­di­ses, repré­sen­te la moi­tié de l’ensemble des wagons de mar­chan­di­ses existant en Euro­pe et est l’une des prin­ci­pa­les res­sour­ces pour le fret fer­ro­vi­ai­re en Euro­pe. La recher­che, le lob­by­is­me et les éch­an­ges per­ma­nents avec tous les grou­pes d’intérêts et orga­ni­sa­ti­ons inté­res­sés par le sec­teur du fret fer­ro­vi­ai­re jouent un rôle important pour la fédé­ra­ti­on, qui ori­en­te tous ses efforts sur l’augmentation de l’efficacité du ser­vice de fret fer­ro­vi­ai­re. En par­ti­ci­pant à de nombreux grou­pes de tra­vail et com­mis­si­ons à l’échelle euro­pé­en­ne et inter­na­tio­na­le, l’UIP fait valoir la per­spec­ti­ve et les inté­rêts des déten­teurs de wagons de mar­chan­di­ses et coopè­re avec tou­tes les par­ties inté­res­sées pour assurer l’avenir du fret fer­ro­vi­ai­re à long terme. L’UIP est recon­nue par la Com­mis­si­on euro­pé­en­ne comme orga­ne de repré­sen­ta­ti­on dans le sec­teur ferroviaire.

Titus Bütler de La Poste Suisse appelle de ses vœux des trains de marchandises rapides et ponctuels

Titus Bütler de La Poste Suisse appelle de ses vœux des trains de marchandises rapides et ponctuels

Titus Büt­ler est responsable Trans­port de la Poste Suis­se SA, et depuis début 2022 en char­ge de l’ensemble des trans­ports de let­t­res, colis et jour­naux par le rail et la route en Suis­se. Il a aupa­ra­vant diri­gé pen­dant plus de 20 ans le cent­re de colis de Frau­en­feld, où sont trai­tés chaque jour jusqu’à un demi-mil­li­on de colis. Il a par ail­leurs conçu le déve­lo­p­pe­ment du réseau avec les nou­veaux cen­tres de colis de Caden­az­zo, Vétroz, Unter­vaz et Oster­mun­di­gen. Dans son inter­view avec la VAP, il expli­que l’importance du fret fer­ro­vi­ai­re pour la Poste. 

Les enjeux:

  • Quel­le est la part du rail dans le split modal de la Poste?
  • La deman­de des cli­ents en solu­ti­ons de liv­rai­son rapi­de est en augmentation.
  • «Pain Points» ou le potentiel d’optimisation dans le fret ferroviaire
  • La Poste Suis­se est le lea­der du trans­port de mar­chan­di­ses par rail en Europe.
VAP: Monsieur Bütler, les trains jaunes de la Poste attirent l’attention. Mais on voit aussi de plus en plus de camions jaunes sur les routes. Est-ce seulement une impression? 

Titus Büt­ler: Nos cami­ons qui trans­portent les con­teneurs jau­nes atti­rent effec­ti­ve­ment l’attention. Nos cli­entes et cli­ents exi­gent de plus en plus une liv­rai­son rapi­de: ramas­sa­ge le soir et dis­tri­bu­ti­on le len­de­main matin. Nous ne par­lons donc pas d’une liv­rai­son dans les 24 heu­res, mais en env. 15 à 20 heu­res – et ce dans n’importe quel­le loca­li­té suis­se, que ce soit en ville ou à la cam­pa­gne. Tout au long de la chaî­ne d’approvisionnement, nous nous trou­vons donc sous pres­si­on en ter­mes de temps. Cela rend dif­fi­ci­le le regrou­pe­ment des quan­ti­tés de colis néces­saires pour rem­plir des trains entiers. Nous optons donc pour le rail dans tous les cas où cela fait sens éco­lo­gi­quement et éco­no­mi­quement. Quel­que 50 % de l’ensemble des let­t­res et colis par­cou­rent aujourd’hui au moins une par­tie de leur tra­jet par le train. Un train court d’un ou de deux wagons n’a pas de sens – y com­pris écologiquement.

Qu’est-ce qui empêche la Poste de réaliser les transports que nous voyons sur la route par le rail? 

Avec notre par­ten­aire de trans­port CFF-Cargo, nous som­mes en train de retrans­fé­rer davan­ta­ge de trans­ports de colis sur le rail. Nous avons beso­in de lignes express rapi­des et régu­liè­res. La vites­se moy­enne des trains de la Poste est par­fois infé­ri­eu­re à 50 km/h, bien que nous ayons du maté­ri­el rou­lant rapi­de et fas­si­ons cir­cu­ler des trains légers. C’est trop lent.

Comment envisagez-vous l’avenir de la logistique de la Poste: verra-t-on encore plus de marchandises sur le rail ou sur la route?

Nous vou­lons clai­re­ment mett­re plus de quan­ti­tés sur le rail, sur­tout sur l’axe Ouest-Est.

Les centres de la Poste en préparation ne disposeront pas de raccord ferroviaire. Pourquoi?

Au cours de ces der­niè­res années, nous avons mis en ser­vice plu­s­ieurs petits cen­tres de colis. Les ter­minaux ont beso­in de ter­rain, ils ren­dent le pro­jet plus cher et ralen­tis­sent la réa­li­sa­ti­on. La pla­ni­fi­ca­ti­on et la con­s­truc­tion se font sous pres­si­on tem­po­rel­le: entre la décis­i­on sur le choix du site et l’ouverture, il s’est par­fois écoulé moins de 2 ans. Nous uti­li­sons par­tout où nous le pou­vons des ter­minaux à pro­xi­mi­té, p. ex. dans le cas de Caden­az­zo, le ter­mi­nal des CFF. Les colis pro­ven­ant du sud de la Suis­se ou qui y vont rou­lent sur le rail.

Les colis et les lettres ne sont pas considérés comme ce qu’on appelle des marchandises «adaptées au rail». De quelles compétences disposez-vous à la Poste en tant que chargeur pour que ces marchandises soient tout de même transportées par rail?

Nous som­mes la seule poste d’Europe à trans­por­ter ce genre de mar­chan­di­ses en si gran­des quan­ti­tés par le rail. La con­di­ti­on est que l’implication du rail soit prise en comp­te dès le stade de la con­cep­ti­on et – plus important enco­re – qu’il exis­te une infra­struc­tu­re de natu­re à per­mett­re les trains de mar­chan­di­ses rapi­des ayant une gran­de pon­c­tua­li­té. Nous avons dans notre équi­pe des spé­cia­lis­tes très com­pé­tents sur les ques­ti­ons de fret ferroviaire.

La Poste a le même propriétaire que CFF Cargo. Est-ce pour vous plutôt une chance, une simplification? Comment décririez-vous cette relation?

Les trans­ports ont fait l’objet d’un appel d’offres public. Le pro­prié­tai­re ne joue aucun rôle. Nous avons une rela­ti­on cli­ent-four­nis­seur aussi clai­re que dans toute autre ent­re­pri­se de trans­port. Nos exi­gen­ces en matiè­re de pon­c­tua­li­té et de fia­bi­li­té sont très éle­vées, et nous som­mes très satis­faits des pre­sta­ti­ons de CFF Cargo.

Si une bonne fée pouvait vous exaucer un vœu logistique, lequel serait-ce?

Je sou­hai­terais des lignes régu­liè­res et rapi­des sur l’axe Ouest-Est.

Comment décririez-vous la VAP?

Nous som­mes l’un des plus grands pro­prié­tai­res de voies de rac­cor­de­ment et l’un des plus grands char­geurs fer­ro­vi­ai­res de Suis­se. La VAP défend leurs inté­rêts légiti­mes à dif­fér­ents niveaux et met les acteurs en réseau.

Quels sont à votre avis les points forts de la VAP? 

La VAP est indis­pensable pour le tra­vail poli­tique de tous les acteurs du fret ferroviaire.

À qui conseilleriez-vous de collaborer avec la VAP?

Chaque ent­re­pri­se qui pos­sè­de des voies ou des wagons ou est acti­ve dans le fret fer­ro­vi­ai­re – que ce soit en tant que cli­ent ou qu’ETF – pro­fi­te de la VAP.

Ce qui n’a pas été encore dit:

Nos trains post­aux sont importants pour nous. Ils nous per­met­tent de reli­er la Suis­se rapi­de­ment, en toute fia­bi­li­té et éco­lo­gi­quement. C’est pour­quoi il nous tient à cœur que l’image des trains de mar­chan­di­ses lents et même sou­vent cou­verts de graf­fi­tis ne dét­eig­ne par sur nos trains postaux.

 

Monsieur Bütler, nous vous remercions pour cet entretien et les aperçus intéressants.
Décisions de politique des transports de la session d’été 2023

Décisions de politique des transports de la session d’été 2023

Lors de la ses­si­on d’été, qui a eu lieu du 30 mai au 16 juin 2023, les con­sul­ta­ti­ons ont porté sur plu­s­ieurs points per­tin­ents pour notre sec­teur. Les résul­tats con­cor­dent lar­ge­ment avec nos atten­tes. Nous déplo­rons tou­te­fois qu’on ait lais­sé pas­ser la chan­ce de lier le pro­gram­me en faveur du tra­fic d’agglomération à l’ex­ten­si­on du réseau des rou­tes natio­na­les afin de déve­lo­p­per les pro­jets et les modes de trans­port en tant que sys­tème global.

Les enjeux:

  • Davan­ta­ge de moy­ens finan­ciers pour la chaus­sée rou­lan­te (RoLa), nous deman­dons un con­trô­le de la qualité
  • Oui à la sim­pli­fi­ca­ti­on de l’homologation du maté­ri­el rou­lant pour le tra­fic fer­ro­vi­ai­re international
  • Oui à la moder­ni­sa­ti­on et au déve­lo­p­pe­ment du réseau des rou­tes nationales
  • Oui au pro­gram­me en faveur du tra­fic d’agglomération – reg­rettablem­ent sans lien avec l’ex­ten­si­on du réseau des rou­tes nationales
  • Inter­pel­la­ti­on sur la rena­tio­na­li­sa­ti­on de CFF Cargo

 

Trafic combiné accompagné (chaussée roulante, Rola)

Le 1.6.2023, le Con­seil natio­nal a trai­té le mes­sa­ge du Con­seil fédé­ral du 30 sep­tembre 2022 sur la modi­fi­ca­ti­on de la loi sur le trans­fert du trans­port de mar­chan­di­ses et sur un arrêté fédé­ral all­ouant un pla­fond de dépen­ses pour pro­mou­voir le trans­port fer­ro­vi­ai­re de mar­chan­di­ses accom­pa­gné à tra­vers les Alpes (objet du Con­seil fédé­ral 22.064). À l’instar du Con­seil natio­nal, le Con­seil natio­nal vient de déci­der de sou­te­nir la «chaus­sée rou­lan­te» (Rola) jusqu’en 2028 et non jusqu’en 2026 seu­le­ment, comme le pro­po­sait le Con­seil natio­nal. Entre 2024 et 2028, la Con­fé­dé­ra­ti­on pour­ra au total déb­lo­quer 106 mil­li­ons de francs pour ce soutien.

Comp­te tenu du rap­port 2023 sur le trans­fert du tra­fic, la VAP rap­pel­le ses reven­dica­ti­ons non enco­re satisfaites:

  • Sub­ven­ti­on­ne­ment des tra­fics indé­pen­dam­ment de la tech­no­lo­gie employée, notam­ment dans cer­tai­nes régions pos­sé­dant un potentiel de volume
  • Con­trô­le de la qua­li­té, y com­pris pour les tra­fics conventionnels

Nous con­sidé­rons le carac­tère uni­la­té­ral du sou­ti­en et le fait que le con­trô­le de la qua­li­té se limi­te au TCNA comme une chan­ce per­due. Les potentiels du tra­fic con­ven­ti­on­nel dev­rai­ent eux aussi être exploi­tés inté­gra­le­ment – et accom­pa­gnés des mesu­res de trans­fert du tra­fic adé­qua­tes, à savoir le sou­ti­en finan­cier et le con­trô­le de la qualité.

Modifications de la loi sur les chemins de fer dans le cadre du 4e paquet ferroviaire. 

Le 13.6.23, le Con­seil des États a approu­vé le pro­jet 23.024, selon lequel l’Agence fer­ro­vi­ai­re euro­pé­en­ne (ERA) doit être com­pé­ten­te pour l’homologation de maté­ri­el rou­lant dans le tra­fic fer­ro­vi­ai­re inter­na­tio­nal. Pour l’introduction de nou­veaux trains, les ent­re­pri­ses fer­ro­vi­ai­res ne seront ainsi plus obli­gées de sui­v­re des pro­cé­du­res d’homologation sépa­rées. Le Con­seil fédé­ral vise donc une repri­se inté­gra­le de cette solu­ti­on de l’UE, ce qui passe par une modi­fi­ca­ti­on de l’accord sur les trans­ports ter­res­tres con­clu avec l’UE. L’objet va à pré­sent être pré­sen­té au Con­seil natio­nal. La VAP a sou­tenu ce pro­jet de modi­fi­ca­ti­on (cf. artic­le du blog: La révi­si­on de la loi sur les chem­ins de fer garan­tit l’accès au réseau fer­ro­vi­ai­re de l’UE), car il per­met de con­tin­uer à avan­cer dans l’harmonisation des direc­ti­ves en matiè­re d’exploitation fer­ro­vi­ai­re et faci­li­te la repri­se de ce paquet dans l’accord sur les trans­ports terrestres.

Cadre de paiement pour les routes nationales 2024–2027 et étape d’aménagement 2023:

Le Con­seil fédé­ral pré­voit une moder­ni­sa­ti­on et un élar­gis­se­ment du réseau des rou­tes natio­na­les suis­ses pour un bud­get d’environ 12 mil­li­ards de francs. Quel­que 8 mil­li­ards de francs sont pré­vus pour l’exploitation et la main­ten­an­ce, tan­dis que 4 mil­li­ards de francs doi­vent être affec­tés à des pro­jets de déve­lo­p­pe­ment ciblés. À la VAP, nous sou­te­nons ce pro­jet et réaf­firm­ons l’importance d’une infra­struc­tu­re de trans­ports dura­ble pour la mul­ti­mo­da­li­té et le trans­fert du tra­fic sur le rail. Le 30.5.2023, le Con­seil natio­nal a même déci­dé de déb­lo­quer pour les pro­jets d’aménagement 5,3 mil­li­ards de francs au lieu des 4,4 mil­li­ards deman­dés par le Con­seil fédé­ral. En plus des cinq pro­jets con­te­nus dans l’arrêté fédé­ral, le Con­seil natio­nal con­sidè­re l’aménagement de la A1 près du lac de Genè­ve comme tout aussi urgent. La pro­chai­ne étape sera le vote du Con­seil des États sur le projet.

Crédits d’engagement pour le trafic d’agglomération à partir de 2024:

Le Con­seil natio­nal a approu­vé des con­tri­bu­ti­ons de plus de 1,6  mil­li­ard de francs pour les nou­veaux pro­gram­mes en faveur du tra­fic d’agglomération. Une légè­re aug­men­ta­ti­on a été effec­tuée pour le tun­nel rou­tier Moscia-Aca­pul­co dans le Tes­sin. Nous sou­te­nons cet arrêté fédé­ral qui per­met­tra de sou­te­nir des pro­jets d’infrastructure de trans­port dans les agglo­mé­ra­ti­ons suis­ses afin de créer un sys­tème de trans­port plus effi­ci­ent et plus durable.

Mal­heu­reu­se­ment, la pro­po­si­ti­on mino­ri­taire du CN Was­ser­fal­len a tou­te­fois été reje­tée. Celle-ci deman­dait de reli­er le pro­gram­me en faveur du tra­fic d’agglomération à l’ex­ten­si­on du réseau des rou­tes natio­na­les, afin de con­sidé­rer les pro­jets et les modes de trans­port comme un sys­tème glo­bal, et ainsi empê­cher que les pro­jets et modes de trans­port ne soi­ent oppo­sés les uns aux aut­res. Nous con­sidé­rons ceci comme une chan­ce man­quée. En cas de réfé­ren­dum, nous nous inscr­i­rons en faux cont­re ce pro­jet, dans l’intérêt de la sécu­ri­té d’approvisionnement du pays.

Voir éga­le­ment notre com­men­tai­re sur Lin­ke­dIn: Mil­li­ar­den für Agglo­me­ra­ti­ons­ver­kehrs­pro­gram­me bewil­ligt: Natio­nal­rat lässt Chan­ce auf ganz­heit­li­ches Ver­kehrs­sys­tem ver­strei­chen (Des mil­li­ards pour les pro­gram­mes en faveur du tra­fic d’agglomération; le Con­seil natio­nal lais­ser filer une chan­ce d’instaurer un sys­tème de trans­port global)

CFF Cargo retourne dans le giron de l’État: à quoi cela rime-t-il?

Avec son inter­pel­la­ti­on «SBB Cargo zurück im Schoss des Staa­tes. Was soll das?» (CFF Cargo retourne dans le giron de l’État: à quoi cela rime-t-il?), le CN Chris­ti­an Was­ser­fal­len PLR/BE deman­de au Con­seil fédé­ral son avis sur l’arrêté du grou­pe CFF con­cer­nant le rachat de 100 % du capi­tal-actions de CFF Cargo et la ges­ti­on direc­te de CFF Cargo par la direc­tion du grou­pe. Ce chan­ge­ment uni­la­té­ral des struc­tures du mar­ché et des rap­ports de pou­voir com­pro­met les pré­mic­es de la réfor­me atten­due des con­di­ti­ons-cad­res pour le trans­port suis­se de mar­chan­di­ses. La VAP se féli­ci­te des ques­ti­ons posées au Con­seil fédéral.

 

Un transfert du trafic qui fait sens: du chargeur au transporteur ferroviaire

Un transfert du trafic qui fait sens: du chargeur au transporteur ferroviaire

Dans le can­ton de Zurich, depuis le 1er juil­let 2021, le maît­re d’ouvrage est tenu d’évacuer par voie fer­ro­vi­ai­re les déb­lais pro­pres pro­ven­ant d’excavations d’un volu­me supé­ri­eur à 25 000 mètres cubes, sous peine de devoir payer une taxe de rem­pla­ce­ment. Le 8 mars 2022, les socié­tés HASTAG (Zurich) AG, Schnei­der Umwelt­ser­vice AG et Eber­hard Bau AG ont fusi­onné afin d’offrir cette pre­sta­ti­on, cré­ant l’entreprise Ter­ra­Rail Modal­split AG.

Les enjeux:

  • Can­ton de Zurich: Ver­ord­nung über den Bahn­trans­port von Aus­hub und Gesteins­kör­nung (ordon­nan­ce sur le trans­port fer­ro­vi­ai­re des déb­lais et gra­nu­lats) (BTV)
  • Ter­ra­Rail: un four­nis­seur de trans­port des maté­riaux d’excavation et de gra­nu­lats par rail
  • Dans l’esprit d’une con­cur­rence loya­le: appel d’offres pour les ETF

 

Ter­ra­Rail Modal­split AG offre le trans­port fer­ro­vi­ai­re des maté­riaux d’excavation et des gra­nu­lats sur quat­re sites. Pour ce faire, l’entreprise tire parti de la longue expé­ri­ence et des sites idéaux des trois ent­re­pri­ses, qui sont dotés d’un rac­cor­de­ment fer­ro­vi­ai­re. La trac­tion entre les sites et le ou les lieux de déchar­ge­ment est actu­el­le­ment assu­rée par CFF Cargo.

Les maté­riaux d’excavation sont trans­por­tés par train hors de l’agglomération et dépo­sés ou valo­ri­sés dans une déchar­ge. Idéa­le­ment, le maté­ri­au direc­te­ment retrans­por­té est alors de la matiè­re pre­miè­re, par exemp­le du gra­vier. L’offre com­prend éga­le­ment l’élaboration d’un con­cept de trans­port qui doit être dépo­sé en même temps que la deman­de de per­mis de construire.

Si Ter­ra­Rail fait actu­el­le­ment inter­ve­nir CFF Cargo pour le trans­port fer­ro­vi­ai­re, d’autres ETF ont été envi­sa­gées. Ter­ra­Rail Modal­split AG agit indé­pen­dam­ment des four­nis­seurs du mar­ché et se fait éta­b­lir plu­s­ieurs devis lors de la pla­ni­fi­ca­ti­on des off­res et de la pro­duc­tion. Le devis con­fir­mé est celui qui est le plus adap­té. Dans ce domaine, il faut donc tabler sur des agence­ments changeants.

On s’attend à ce qu’il y ait des off­res con­cur­ren­ti­el­les, car les devis de Ter­ra­Rail sont émis dans une situa­ti­on de con­cur­rence. De fait, plu­s­ieurs mar­chés ont déjà été adju­gés à d’autres four­nis­seurs du mar­ché. Cela mont­re qu’il exis­te bel et bien une concurrence.

Les trans­ports fer­ro­vi­ai­res sont inté­res­sants à con­di­ti­on que l’infrastructure fer­ro­vi­ai­re relie direc­te­ment les sites de char­ge­ment et de déchar­ge­ment et cou­vre de longues distances. Dans le domaine du split modal, ce n’est tou­te­fois que rare­ment le cas. En géné­ral, il s’avère néces­saire d’effectuer un pro­ces­sus de trans­bor­de­ment sup­p­lé­men­tai­re, ce qui ent­raî­ne un sur­croît de tra­vail et exige des places de char­ge­ment. C’est pour­quoi il est aux yeux de Ter­ra­Rail indi­qué d’avoir des pre­scrip­ti­ons léga­les pour aug­men­ter la part du trans­port fer­ro­vi­ai­re dans le split modal et déseng­or­ger les rou­tes. Par­al­lè­le­ment, Ter­ra­Rail s’emploie à amé­lio­rer con­tinuel­le­ment la com­pé­ti­ti­vi­té de cette chaî­ne de transport.

La VAP salue le regrou­pe­ment des com­pé­ten­ces des ent­re­pri­ses du sec­teur privé et l’aménagement de l’organisation d’une chaî­ne de trans­port met­tant à pro­fit les points forts de tous les par­ten­aires. Dans leur rôle de spé­cia­lis­tes du ter­ras­se­ment et de l’exploitation miniè­re et d’exploitants de pla­te­for­mes de trans­bor­de­ment appro­priées, les trois char­geurs trans­fè­rent dans leurs instal­la­ti­ons de voies de rac­cor­de­ment et désor­mais en tant qu’opérateurs de trans­port fer­ro­vi­ai­re des trans­ports vers le rail et déseng­or­gent la route. Ils portent un juge­ment posi­tif sur con­cur­rence et sur la recher­che d’une véri­ta­ble com­pé­ti­ti­vi­té par rap­port au trans­port pure­ment rou­tier. Il est sou­hai­ta­ble que les char­geurs aient le choix et que la sécu­ri­té d’approvisionnement soit ren­for­cée par l’existence de plu­s­ieurs presta­tai­res ferroviaires.

La solu­ti­on trou­vée dans le can­ton de Zurich, qui pré­voit le pai­ement d’une taxe de rem­pla­ce­ment par les maî­tres d’ouvrage, est une mesu­re coer­ci­ti­ve con­çue selon les prin­cipes de l’économie de mar­ché, dont les recet­tes sont rever­sées au bud­get géné­ral de l’État sans être affec­tées à un but pré­cis. Nous sou­hai­ter­ions qu’elles soi­ent rem­bour­sées de maniè­re ciblée aux acteurs du mar­ché, par exemp­le sous la forme d’un sou­ti­en finan­cier de la part du can­ton pour la con­s­truc­tion de pla­te­for­mes de trans­bor­de­ment ou pour la mise en place de nou­vel­les solu­ti­ons logis­ti­ques multimodales.

Pour d’autres pro­duits, il est beau­coup plus dif­fi­ci­le de mett­re en œuvre un modè­le com­pa­ra­ble, car il man­que les pla­te­for­mes de trans­bor­de­ment néces­saires. À cet égard, la pla­ni­fi­ca­ti­on can­to­na­le des trans­ports et de l’aménagement du ter­ri­toire doit veil­ler à ce que les sites soi­ent bien des­ser­vis par la route et par le rail.

Afin d’encourager d’autres trans­ferts posi­tifs, la VAP joue éga­le­ment un rôle de con­seil auprès des can­tons, qui béné­fi­ci­ent dans ce cadre des vastes con­nais­sances tech­ni­ques, de la longue expé­ri­ence et du vaste réseau de l’association, soli­de­ment ancrée dans le sec­teur des transports.

Retour vers le futur: développement du fret ferroviaire suisse

Retour vers le futur: développement du fret ferroviaire suisse

Cet hom­mage se pro­po­se de vous mon­trer com­ment le fret fer­ro­vi­ai­re de la Suis­se s’achemine avec per­sé­vé­rance vers l’avenir. Durant de nombreu­ses années, l’innovation a été une noti­on incon­nue pour les «wagons bruns». Mais cette épo­que est révo­lue. Les ent­re­pri­ses de fret fer­ro­vi­ai­re sont prêtes à affron­ter l’ère 4.0 et à défend­re leur place sur les rails, indis­pensable pour garan­tir la sécu­ri­té d’approvisionnement, effec­tuer les trans­ports de maniè­re éco­lo­gi­que et sou­la­ger la route. 

Les enjeux:

  • Une ten­dance con­ti­nue à la hausse depuis 175 ans
  • Réa­li­se plus d’un tiers des trans­ports en Suis­se et à tra­vers la Suisse
  • Rétro­s­pec­ti­ve sur les cri­ses et suc­cès passés
  • Un siè­cle d’avance en matiè­re d’électrification


Depuis le début du 20e siè­cle, le volu­me du fret fer­ro­vi­ai­re a connu en Suis­se une évo­lu­ti­on impres­si­on­nan­te. Selon l’Office fédé­ral de la sta­tis­tique (OFS), il s’élevait au total en 1900 à 1,5 mil­li­ard de ton­nes-kilo­mè­tres. Depuis, le rail a été frap­pé par de nombreu­ses cri­ses, pour cer­tai­nes venues de très loin. Aujourd’hui, ce chif­fre s’élève à 10,4 mil­li­ards de ton­nes-kilo­mè­tres, ce qui repré­sen­te une part de 37 %[1] du split modal et donc un pilier important du sys­tème de trans­port suis­se. Mais rep­re­nons les cho­ses depuis le début.

Petit pays, grand volume de trafic: il reste encore un potentiel important

Le volu­me trans­por­té par le fret fer­ro­vi­ai­re a fluc­tué au cours des décen­nies (cf. ill. 1). Depuis la fin de la pan­dé­mie, il recom­mence à aug­men­ter sans dis­con­tin­uer. Dans le domaine du tra­fic tran­sal­pin (tran­sit), il exis­te un man­dat de trans­fert du tra­fic route-rail inscrit dans l’article de la Con­sti­tu­ti­on fédé­ra­le sur la pro­tec­tion des Alpes. Grâce à la con­s­truc­tion de la NLFA, du cor­ri­dor de quat­re mètres et d’un sou­ti­en finan­cier iné­dit du tra­fic com­bi­né non accom­pa­gné (TCNA), la Suis­se pré­sen­tait en 2021 un split modal très élevé de 74 % au pro­fit du rail dans le tra­fic tran­sal­pin; le volu­me trans­por­té par le fret fer­ro­vi­ai­re, qui repré­sen­tait 66 % du tra­fic de tran­sit, était par rap­port à d’autres pays une valeur record. Avec une part de 37 % pour le rail, le split modal glo­bal était lui aussi plus élevé qu’au niveau international.

Dans le tra­fic inter­ne, il n’y a pas de man­dat de trans­fert. Les tra­fics inté­ri­eur (2021: 23 %), d’importation (7,5 %) et d’exportation (3,5 %[2]) recè­lent un énor­me potentiel dor­mant, réa­li­sable à con­di­ti­on que soi­ent mises en œuvre une moder­ni­sa­ti­on et une réor­ga­ni­sa­ti­on inté­gra­les du tra­fic par wagons com­plets ainsi que la pro­mo­ti­on de la con­cur­rence intra­mo­da­le[3]. Cela impli­que l’automatisation et la digi­ta­li­sa­ti­on du sys­tème fer­ro­vi­ai­re, qui amè­ne­ront le tra­fic par wagons com­plets sur la voie de dépas­se­ment et ren­dront le rail prêt à affron­ter la con­cur­rence inter­mo­da­le et les chaî­nes logis­ti­ques mul­ti­mo­da­les. Cette avan­cée se verra enco­re ren­for­cée par une infra­struc­tu­re suf­fi­sam­ment dis­po­nible pour les ent­re­pri­ses de fret fer­ro­vi­ai­re et la mul­ti­pli­ca­ti­on des sites logis­ti­ques bien situés[4].

La poli­tique suis­se des trans­ports et de l’infrastructure doit donc davan­ta­ge se con­cen­trer sur les atouts du mode de trans­port «rail» pour les cli­ents du sec­teur des char­geurs. Plus le trans­port fer­ro­vi­ai­re de mar­chan­di­ses suis­se appor­te­ra des avan­ta­ges aux char­geurs, plus il sera uti­li­sé, et donc plus on aura un trans­fert du tra­fic de la route vers le rail. À la VAP, nous reje­tons en revan­che une poli­tique expli­ci­te de trans­fert du tra­fic dans le tra­fic intérieur.

Illus­tra­ti­on 1: Volu­me du fret fer­ro­vi­ai­re en Suis­se depuis 1900 (cli­quer sur l’i­mage pour l’agrandir)

Des montagnes russes, mais un gain d’altitude indéniable

Le 7 août 1847, on célèb­re l’inauguration du pre­mier che­min de fer pas­sant entiè­re­ment sur le sol suis­se et reli­ant Zurich à Baden, sur­nom­mé la «ligne du Spa­nisch Bröt­li»[5]  (cf. illus­tra­ti­on 2). L’une des rai­sons à l’origine de la con­s­truc­tion de cette ligne était que les bour­geois zurichois se fai­sai­ent appor­ter – de pré­fé­rence le diman­che – par leurs cour­siers une pâtis­se­rie en pâte feuil­le­tée d’un célèb­re maît­re bou­lan­ger de Baden bap­ti­sée «Spa­nisch Bröt­li». Les pau­vres ser­vi­teurs devai­ent tou­tes les semain­es prend­re à pied le che­min de Bade peu après minuit pour pou­voir dépo­ser ces petits pains tout frais sur la table du petit-déjeu­ner domi­ni­cal. La «ligne du Spa­nisch Bröt­li» per­met­tait de trans­por­ter rapi­de­ment et sûre­ment les mar­chan­di­ses et les per­son­nes.[6]

Illus­tra­ti­on 2: La Suis­se inau­gu­re sa pre­miè­re ligne de che­min de fer natio­na­le: la «ligne Spanisch-Brötli».

En Suis­se, les pre­miers chem­ins de fer nais­sent d’une initia­ti­ve pri­vée et leur explo­ita­ti­on démar­re grâce à une con­ces­si­on des can­tons qu’ils tra­ver­sent. Dans un pre­mier temps, la Con­fé­dé­ra­ti­on n’émet des direc­ti­ves que sur des ques­ti­ons tech­ni­ques. Elle se voit octroy­er ulté­ri­eu­re­ment davan­ta­ge de com­pé­ten­ces pour garan­tir un réseau natio­nal cohérent.

En 1857, on fait cir­cu­ler pour la pre­miè­re fois en Suis­se un wagon de la Poste dans le domaine des Chem­ins de fer du Nord-Est sur la ligne Zurich–Baden–Brugg. C’est la nais­sance de la poste fer­ro­vi­ai­re suis­se. En 1859, le réseau a déjà une longueur de plus de 1000 km, il exis­te une liai­son direc­te entre le lac de Con­s­tance et Genè­ve à laquel­le sont aussi reliés Berne, Lucer­ne, Coire, Saint-Gall, Schaff­house et Bâle. En 1882, les 15 km du tun­nel de faîte sont ache­vés et la ligne Saint-Got­hard est mise en service.

En 1875, la Suis­se pro­mul­gue la pre­miè­re loi sur la con­s­truc­tion et l’exploitation des voies fer­rées indus­tri­el­les, instau­rant ainsi une règle­men­ta­ti­on léga­le sur le sta­tut juri­di­que des voies de rac­cor­de­ment. Le 20 février 1898, la vota­ti­on popu­lai­re mar­que la fin de l’ère des chem­ins de fer pri­vés, et à par­tir de 1902, les chem­ins de fer publics, les CFF, tout récem­ment créés, rac­hè­tent les plus gran­des socié­tés fer­ro­vi­ai­res ainsi que des petits chem­ins de fer pri­vés. La natio­na­li­sa­ti­on trans­fè­re la responsa­bi­li­té du déve­lo­p­pe­ment des chem­ins de fer à la Con­fé­dé­ra­ti­on. Dans ce con­tex­te, le rachat de l’infrastructure par les CFF est une bonne décis­i­on. L’exploitation sur le réseau allait tou­te­fois être carac­té­ri­sée par la concurrence.

En 1912, la mono­po­li­sa­ti­on du trans­port fer­ro­vi­ai­re appel­le la créa­ti­on d’un orga­ne de repré­sen­ta­ti­on des acteurs pri­vés. C’est la nais­sance de la VAP Asso­cia­ti­on des pro­prié­tai­res suis­ses de voies de rac­cor­de­ments et de wagons de mar­chan­di­ses pri­vés – aujourd’hui appelée VAP Asso­cia­ti­on des char­geurs –, qui se mobi­li­se depuis lors pour une con­cur­rence loya­le et pour l’optimisation des con­di­ti­ons-cad­res éco­no­mi­ques, de l’infrastructure fer­ro­vi­ai­re et des sites logis­ti­ques. À l’époque, le rail con­court de maniè­re déter­mi­nan­te à la révo­lu­ti­on indus­tri­el­le: au fur et à mesu­re que croît l’infrastructure, ce mode de trans­port ren­ta­ble ne tarde pas à détrô­ner le bateau et la voitu­re à che­val. Un trans­port rapi­de à l’intérieur de la Suis­se, mais aussi vers l’Europe, ouvre de nou­vel­les pos­si­bi­li­tés économiques.

Lors de la Pre­miè­re Guer­re mon­dia­le, le volu­me du fret fer­ro­vi­ai­re com­mence par aug­men­ter, avant de dimi­n­uer de 18 % en 1917 puis de 14 % en 1918. Ces bais­ses s’expliquent par les inter­rup­ti­ons de la pro­duc­tion et du com­mer­ce ainsi que par les réper­cus­sions de la grip­pe espa­gno­le. En Suis­se, cette pan­dé­mie tou­che en deux vagues envi­ron la moi­tié de la popu­la­ti­on suis­se entre juil­let 1918 et juin 1919, faisant pres­que 25 000 morts. Dans les années 1920, le volu­me de trans­port se redres­se, avant de chu­ter à nou­veau en 1921, année de la crise éco­no­mi­que, puis lors du krach bour­sier de New York d’octobre 1929.

Le début de la Deu­xiè­me Guer­re mon­dia­le mar­que pour les ent­re­pri­ses de fret fer­ro­vi­ai­re un essor dû à la con­jon­c­tu­re d’armement et aux décis­i­ons poli­ti­ques[7].. On voit alors le tra­fic inté­ri­eur aug­men­ter, car le che­min de fer, entre-temps en majeu­re par­tie élec­tri­fié, rem­place le tra­fic par voitures et cami­ons, lar­ge­ment para­ly­sé par le man­que de car­bu­rant. Pen­dant la Deu­xiè­me Guer­re mon­dia­le, le volu­me de trans­port par rail recu­le con­sidé­ra­blem­ent jusqu’à un effondre­ment pres­que com­plet du fret de tran­sit à la fin de la guer­re et à une dimi­nu­tion du volu­me glo­bal du fret de 42 %.

Après la Deu­xiè­me Guer­re mon­dia­le, l’économie se redres­se et avec elle le volu­me du fret fer­ro­vi­ai­re, qui att­eint une valeur record dans les années 1970. Sui­vent les for­tes chu­tes impu­ta­bles à la crise pétro­liè­re, au krach bour­sier de 1987, à la crise de l’immobilier et à la réces­si­on qui en résul­te durant les années 1990. En 1999, dans le cadre de l’ouverture du mar­ché euro­pé­en pour le TCNA et s’appuyant sur la direc­ti­ve CE 91/440/CEE[8], la Suis­se lance la pre­miè­re de plu­s­ieurs étapes de ce que l’on appel­le la réfor­me des chem­ins de fer, dont l’objectif est d’organiser le sys­tème fer­ro­vi­ai­re suis­se de maniè­re plus effi­cace et plus au ser­vice de la clientèle.

La nou­vel­le loi sur les voies de rac­cor­de­ment du 5 octobre 1990 et l’ordonnance du 26 février 1992 visent à don­ner de nou­vel­les impul­si­ons à la pro­mo­ti­on du trans­port fer­ro­vi­ai­re de mar­chan­di­ses et à con­tri­buer à résoud­re de maniè­re ori­en­tée vers l’avenir les nombreux pro­blè­mes qui se posent dans le trans­port de marchandises.

En 2000, le volu­me du fret fer­ro­vi­ai­re est de cinq fois supé­ri­eur à sa valeur de 1950 (+ 397 %). Cette aug­men­ta­ti­on est d’autant plus impres­si­on­nan­te que la part du rail dans l’ensemble du trans­port de mar­chan­di­ses a pour­tant mas­si­ve­ment dimi­n­ué durant cette péri­ode au pro­fit du trans­port rou­tier. En effet, mal­gré l’expérience de la pénurie de car­bu­rant pen­dant la Deu­xiè­me Guer­re mon­dia­le, on assis­te après guer­re au pas­sa­ge à une éco­no­mie basée sur le pétrole.

La Nou­vel­le ligne fer­ro­vi­ai­re à tra­vers les Alpes (NLFA) a elle aussi donné un coup de fouet au tra­fic. Avec trois tun­nels de base tra­vers­ant les Alpes et le déve­lo­p­pe­ment des lignes d’accès, elle a rappro­ché le Nord et le Sud de la Suis­se et de l’Europe. Le tun­nel de base du Lötsch­berg est en ser­vice depuis 2007. Celui du Saint-Got­hard a été ouvert en 2016. En 2020, la mise en ser­vice de la NLFA a mar­qué l’achèvement du tun­nel de base du Ceneri.

Ambi­ance 2008–2012

Pour vous replon­ger au plus pro­che de l’actualité de l’époque, nous avons résu­mé pour vous le con­tenu des expo­sés tenus lors de nos AG de 2008, 2010 et 2012:

2008: AG VAP, allo­cu­ti­on du pré­si­dent Franz Steinegger 

En matiè­re de fret fer­ro­vi­ai­re, la poli­tique suis­se des trans­ports est sous-ten­due de con­tra­dic­tions. D’une part, on inves­tit des mil­li­ons de francs dans le tra­fic de tran­sit entre l’Allemagne et l’Italie, si celui-ci est réa­li­sé sous forme de trans­port com­bi­né ou de chaus­sée rou­lan­te. D’autre part, en matiè­re de tra­fic inté­ri­eur, le trans­port de voy­a­ge­urs est sub­ven­ti­onné par une règle­men­ta­ti­on erro­n­ée du prix des sil­lons, et le trans­port fer­ro­vi­ai­re de mar­chan­di­ses s’en trouve désa­van­ta­gé. En Suis­se, le char­geur ne se voit en outre rem­bour­ser une somme for­fai­taire de la RPLP que s’il appor­te ses mar­chan­di­ses au train dans un con­tai­ner, ce qui sub­ven­ti­on­ne enco­re davan­ta­ge le tra­fic de tran­sit. L’Association suis­se des char­geurs (VAP) récla­me une poli­tique glo­ba­le de trans­fert du tra­fic qui pren­ne aussi en comp­te des cri­tères éco­lo­gi­ques. Pour ce faire, il faut amé­lio­rer les prix des sil­lons, les prio­ri­tés d’accès, les capa­ci­tés des voies, l’application du prin­ci­pe de cau­sa­li­té lors des réno­va­tions de lignes et une éva­lua­ti­on du tra­fic par wagons com­plets en fon­c­tion des beso­ins. La VAP souli­gne éga­le­ment que les beso­ins du trans­port de mar­chan­di­ses ne doi­vent pas être sous-esti­més dans le déve­lo­p­pe­ment futur des pro­jets ferroviaires.

2010: AG VAP, expo­sé de Moritz Leuenberger

Le fret, responsable du trans­port des mar­chan­di­ses, est sou­vent igno­ré par beau­coup. Alors que la plu­part des gens ne se sou­ci­ent pas de l’origine ni de l’histoire de la fabri­ca­ti­on des mar­chan­di­ses, ils ne sont sou­vent pas non plus infor­més de la maniè­re dont le trans­port et la logis­tique se dérou­lent. Le texte mont­re que le trans­port de mar­chan­di­ses par le rail est désa­van­ta­gé par rap­port au tra­fic de voy­a­ge­urs et se voit sou­vent offrir trop peu de sou­ti­en poli­tique. Les fonds publics dimi­nuent alors que les trans­ports de mar­chan­di­ses aug­men­tent de maniè­re expo­nen­ti­el­le, tant par le rail que par la route. Leu­en­ber­ger pro­po­se de repen­ser la hié­rar­chie des prio­ri­tés sur le réseau fer­ro­vi­ai­re afin de ren­forcer le trans­port de mar­chan­di­ses, pré­cis­ant que la Con­fé­dé­ra­ti­on avait pris des mesu­res pour sou­te­nir le fret, dont le ZEB et Rail 2030.

2012: AG VAP: Expo­sé de Franz Stein­eg­ger, pré­si­dent de la VAP

Le pré­si­dent a der­riè­re lui une longue car­ri­è­re dans la poli­tique des trans­ports et se sou­vi­ent des dis­cus­sions sur divers pro­jets tels que Rail 2000, le tun­nel de la Ver­ei­na, la NLFA et l’article sur la pro­tec­tion des Alpes. Il con­sta­te que l’augmentation du tra­fic de mar­chan­di­ses et de voy­a­ge­urs grim­pe­ra de 60 % d’ici 2030 et que l’infrastructure doit sui­v­re la hausse de la deman­de de mobi­li­té. Il y a tou­te­fois des limi­tes finan­ciè­res et éco­lo­gi­ques, et il se pose la ques­ti­on de savoir s’il est pos­si­ble de mett­re à dis­po­si­ti­on l’offre infra­struc­tu­rel­le néces­saire. L’auteur cri­tique le fait que les poli­ti­ci­ens et les asso­cia­ti­ons pré­fè­rent réflé­chir aux moy­ens de con­trô­le et aux prio­ri­tés d’utilisation des infra­struc­tures existan­tes plu­tôt que de se pen­cher sur l’avenir. Pour les chem­ins de fer, il exis­te des plans tels que Rail 2030 et un pro­gram­me de déve­lo­p­pe­ment stra­té­gique de l’infrastructure fer­ro­vi­ai­re (STEP) com­portant 42 mil­li­ards de francs d’investissements. La route a elle aussi des pro­po­si­ti­ons de finance­ment. La Suis­se est le pays d’Europe qui inves­tit le plus dans le réseau fer­ro­vi­ai­re par habitant.

Extrait de la publi­ca­ti­on commémorative:

La loi fédé­ra­le et la Con­ven­ti­on de Berne ont sou­tenu le fret fer­ro­vi­ai­re dans le tra­fic natio­nal et inter­na­tio­nal. Le fret fer­ro­vi­ai­re se trouve néan­mo­ins con­fron­té à une rude con­cur­rence avec le fret rou­tier et le trans­port de voy­a­ge­urs, ce qui affai­blit de plus en plus la com­pé­ti­ti­vi­té du tra­fic fer­ro­vi­ai­re de mar­chan­di­ses. La poli­tique suis­se des trans­ports vise à trans­fé­rer les tra­fics de fret de la route sur le rail, ce qui exige une infra­struc­tu­re bien amé­na­gée et des con­di­ti­ons d’accès équi­ta­bles au réseau. Pour res­ter com­pé­ti­tif, il faut éga­le­ment une con­cur­rence intra­mo­da­le et des inci­ta­ti­ons de l’État ainsi qu’une ana­ly­se cri­tique de l’organisation de l’infrastructure fer­ro­vi­ai­re et des ent­re­pri­ses fer­ro­vi­ai­res. La VAP con­sidè­re comme un défi et une obli­ga­ti­on le fait d’équilibrer la dis­cus­sion sur le trans­fert du tra­fic dans l’intérêt du site éco­no­mi­que et de l’espace de vie qu’est la Suisse.

 

Les atten­tats de 2001 aux États-Unis sont sui­vis d’un recul de 4 %. Suite à la crise finan­ciè­re de 2008 engen­drée par l’éclatement de la bulle immo­bi­liè­re amé­ri­cai­ne, le volu­me du fret baisse de 14 % en 2009. Lors de la crise con­jon­c­tu­rel­le de 2012 qui suit l’introduction du taux de chan­ge mini­mum de l’euro, on con­sta­te un nou­veau recul de 4 %. La fer­me­tu­re de la Rhein­tal­bahn (infil­tra­ti­on d’eau dans le tun­nel de Ras­tatt) a ent­raî­né en 2017 une baisse de 6 %. Dans le même ordre de gran­deur, on a enre­gis­tré une baisse du fret fer­ro­vi­ai­re de 5 % lors de l’année de la pan­dé­mie de coro­na­vi­rus, en 2020. En 2021, le fret fer­ro­vi­ai­re a aug­men­té de 6,2 % (10,4 mil­li­ards de tonnes-kilomètres).

Électrification: un siècle d’avance

À l’époque de leur fon­da­ti­on, les chem­ins de fer fon­c­tion­nent au char­bon. En 1888, le tram­way Vevey-Mon­treux-Chil­lon (VMC) est le pre­mier train à trac­tion élec­tri­que à cir­cu­ler en Suis­se. Sui­vent pro­gres­si­ve­ment d’autres chem­ins de fer à voie étroi­te. En 1901, à l’occasion de l’assemblée géné­ra­le de l’Association suis­se des élec­tri­ci­ens, il est deman­dé de véri­fier aussi la faisa­bi­li­té d’une élec­tri­fi­ca­ti­on des chem­ins de fer à voie normale.

Illus­tra­ti­on 3: Le tram­way Vevey-Mon­treux-Chil­lon, pre­mier train élec­tri­que de Suis­se, est mis en ser­vice en 1888. © Lau­rent Croset

Selon la com­mis­si­on d’étude pour une explo­ita­ti­on fer­ro­vi­ai­re élec­tri­que, qui verra le jour ulté­ri­eu­re­ment, l’initiateur de cette pro­po­si­ti­on est «prin­ci­pa­le­ment guidé par la néces­si­té de rend­re notre pays moins dépen­dant des pays pro­duc­teurs de char­bon et d’offrir un nou­veau champ d’activité à l’industrie élec­tro­tech­ni­que suis­se». En 1912, la com­mis­si­on d’étude elle-même avan­ce comme prin­ci­pal motif dans son rap­port à la direc­tion géné­ra­le des CFF «l’utilisation des forces hydrau­li­ques natio­na­les au lieu du char­bon étran­ger et, si pos­si­ble, une réduc­tion du prix de l’exploitation». Dès 1906 et 1913, on met en ser­vice les dif­fé­ren­tes sec­tions élec­tri­fiées de l’axe du Loetschberg-Simplon.

La pénurie de char­bon qui a sévi durant la Pre­miè­re Guer­re mon­dia­le fait avan­cer l’électrification du che­min de fer. En 1920, le che­min de fer du Saint-Got­hard est mis en ser­vice sous forme élec­tri­fiée et en 1928, plus de la moi­tié des lignes des CFF sont con­ver­ties à l’électricité. Dès l’entre-deux-guerres, la Suis­se joue à l’échelon inter­na­tio­nal un rôle de pre­mier plan en matiè­re d’électrification des chem­ins de fer. Pour des rai­sons mili­taires, une nou­vel­le vague d’électrification a lieu pen­dant la Deu­xiè­me Guer­re mon­dia­le. Une nou­vel­le par­tie du réseau, très vaste, est élec­tri­fiée en un laps de temps extrê­me­ment court. Cette élec­tri­fi­ca­ti­on se pour­su­it après la fin de la guer­re afin de pré­ve­nir le chômage.

Du point de vue actuel, l’électrification a éga­le­ment été une bonne décis­i­on pour la pro­tec­tion du cli­mat, même si cet argu­ment ne jouait aucun rôle à l’époque. Aujourd’hui, la pro­tec­tion du cli­mat est le moteur prin­ci­pal du trans­fert du tra­fic et de l’électrification des trans­ports. Par rap­port au trans­port rou­tier, le rail béné­fi­cie à cet égard d’environ un siè­cle d’avance.


[1] Cf. OFT: Trans­port de marchandises

[2] Cf. OFT: Trans­port de mar­chan­di­ses par rail

[3] Cf. artic­le du blog «Per­fec­tion­ne­ment du trans­port de mar­chan­di­ses::il est grand temps de faire quel­que chose»

[4] Cf. artic­le du blog «Exter­na­li­ser le der­nier kilo­mèt­re et l’organiser de maniè­re non dis­cri­mi­na­toire»

[5] Cf. «Die Spa­nisch-Bröt­li-Bahn», Peter Affol­ter (en allemand)

[6] Le terme de Baden­fahrt (voya­ge à Baden) dési­gne deux importants évè­ne­ments his­to­ri­ques à la fois: d’une part le pre­mier voya­ge fer­ro­vi­ai­re de Suis­se, entre Zurich et Baden, et d’autre part la légend­ai­re fête forai­ne. Celle-ci célè­bre­ra cette année du 18 au 27 août 2023 son 100e anni­ver­saire (badenfahrt.ch).

[7] On pour­rait à cet égard s’interroger sur la com­pa­ti­bi­li­té de ces décis­i­ons avec le main­ti­en de la neu­tra­li­té suis­se, mais nous ne nous éten­drons tou­te­fois pas sur ce sujet dans le cadre de cet article.

[8] Cf. direc­ti­ve CE 91/440 rela­ti­ve au déve­lo­p­pe­ment de chem­ins de fer communautaires

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